Deux avions, un taxi et une coloc irlandaise plus tard…

Alors voilà, c’est ça que ça fait d’être en 3A. La 3ème année, c’est une année particulière : on a toujours l’impression d’en parler trop, mais elle n’en finit pourtant pas d’arriver. A plusieurs reprises pourtant, on croit qu’elle commence. Quand on voit « Edimbourg » écrit à côté de son nom, et qu’on saute de joie en février. Quand on réussit, après moults « putaaaaiiiiin », à réserver son avion. Quand on commence à faire ses valises (toujours trop tard). Quand on dit au revoir aux potes, à la famille, aux amies, aux voisins, à sa soeur et à ses parents. Quand on dit au revoir aussi à sa petite vie française (notez que je n’ai pas dit « bretonne », je me soigne !), avec tout ce qu’elle compte de détails qui font la différence : dernier petit-déj à la baguette et au beurre salé, dernier Lambé-an-dro, adieu rayons de fromages qui font des kilomètres, etc…

Moi, trop chargée ? Vous croyez ?

Moi, trop chargée ? Vous croyez ?

Mais en dépit de tous ces faux départs, la 3A ne commence vraiment qu’à un moment précis et symbolique : les bagages en soute et le coeur un peu serré, elle commence quand l’avion décolle. Et le décollage de cet avion à destination de cette ville précise vaut tous les commencements du monde.

L'Ecosse vue depuis le hublot de l'avion

L’Ecosse vue depuis le hublot de l’avion

Bon, assez de lyrisme me direz-vous, et puis pas de quoi en faire des caisses puisque je ne pars pas à l’autre bout de la planète (Nouvelle-Zélande ?) mais en Ecosse. Et pourtant quand même. Ca fait quelque chose d’arriver seule dans une ville inconnue peuplée d’individus aux pratiques étranges : prendre les rond-points à gauche, fermer les magasins à 17 heures, s’exclamer que 16°C le 28 août, c’est « waaarrrm ! »… On a beau ne pas être parti depuis longtemps et ne pas être loin de sa Bretagne natale (désolée, j’ai fait une rechute), on se sent déraciné, la première fois.

Alors que j’étais dans le taxi qui m’emmenait vers le 15, Hope Park Terrace (« mai-son ») je me sentais un peu comme Romain Duris dans l’Auberge espagnole. Au début du film, il découvre Barcelone et parle des noms de rue aux consonnances étranges (« Urquinaona ») qui finissent pourtant par devenir son quotidien. Pour moi, c’était pareil : Cowgate, les Meadows, The House ou encore Old Town. Des noms nettement moins catalans que dans le film de Klapisch, certes, mais qui seraient bientôt synonymes de « la rue où y a un bar sympa », « le parc où ma coloc fait son footing », « les montagnes depuis lesquels le panorama est top »… Jimmy, le chauffeur de taxi parlait, parlait, parlait et moi j’essayais d’en voir le plus possible. Je regardais par la fenêtre :
– d’une part parce que c’est beau et excitant à la fois, de découvrir « sa » ville ;
– aussi ( et surtout ) parce que je comprenais à peine un mot sur deux.

Je tiens en effet à profiter de cet article pour réhabiliter le mythe du chauffeur de taxi écossais : avant de partir en Ecosse, vous lirez partout que la première grosse claque que vous prenez, c’est quand le chauffeur de taxi vous demande où vous voulez aller. Ce qui en soit n’est pas choquant pour un taxi. Le problème, c’est qu’il vous faudra sûrement lui faire répéter deux, trois ou quatre fois (ou cinq selon les goûts de chacun) la question avant de parvenir à distinguer « Where … go … ? ». Pour faire simple, on vous demande où vous allez. Moi qui en riais en France, je vous préviens : tout est vrai. Jimmy étant un Ecossais pure souche, il n’a pas fait exception à la règle. J’ai essayé d’arborer mon sourire entendu le plus convaincant et j’ai lorgné sérieusement vers la fenêtre pour le décourager mais malheureusement pour moi, Jimmy était très bavard ce soir là …

Ma petite chambre !

Ma petite chambre !

Une fois arrivée à bon port, ne me restais plus qu’à traîner péniblement ma carcasse + ma valise de 18 kg + mon sac à dos de 18 kg jusqu’au deuxième étage – le morceau de Europe « The final countdown » aurait été tout à fait appropriée. J’ai été accueillie par Beth (Elizabeth de son vrai nom), une de mes colocataires. Beth est irlandaise, elle fait son master de sciences de l’éducation à Edimbourg, et elle a l’air adorable ! Maria et Denise, les deux autres colocs n’arriveront que la semaine prochaine, donc nous sommes deux pour le moment. Beth m’a fait visiter l’appartement : « OH MY GOD ! » comme ils disent. Il est littéralement immense, avec parquet à gogo, moulures au plafond et un sacré paquets de bow-windows donnant sur la rue. Je n’ai pas hérité de la plus grande chambre, mais elle est très jolie quand même et j’ai une vue super chouette par la fenêtre.

Vue par la fenêtre - notez le drapeau breton (pour le patriotisme) et les lunettes de soleil (mon côté utopiste)

Vue par la fenêtre – notez le drapeau breton (pour le patriotisme) et les lunettes de soleil (mon côté utopiste)

Ne reste plus alors qu’à vider ses valises. Au fur et à mesure des pantalons, guide de voyages, brosses à dent et paires de chaussettes que je sortais de ma valise, j’ai pris conscience que je restais là pour un an. Sensation assez bizarre de peur, d’excitation, de solitude …. avec surtout le sentiment très fort que « tout reste à faire ». En remplissant mes tiroirs et en scotchant mes photos à gauche et à droite, j’ai repensé à une affiche que j’avais vue en descendant de l’avion à Edimbourg. C’était une grande affiche représentant le château d’Edimbourg, sûrement produite par l’Office de tourisme, mais qui ne convenait à personne mieux qu’à moi aujourd’hui : « This is home ».

 

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P.S : je me dois d’actualiser cet article. Les premières heures passées à Edimbourg m’ont montré que l’année sera moins terrible que prévu :
1- Car j’écris depuis le « Café gourmand » situé à deux rues de chez nous, et qui propose galettes jambon-fromage et crêpes au sucre (incroyable mais vrai) ;
2- Car j’ai débusqué ce matin du beurre salé dans les rayons du Tesco. Alleluïa !

Mon année à l'étranger vient de prendre un tour très, très, TRES positif !

Mon année à l’étranger vient de prendre un tour très, très, TRES positif !

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