« Dis Maman, ils mangent quoi en Ecosse ? »


Avant-propos
: en dépit des apparences, cet article se veut être un manifeste pour la réhabilitation de la (désastreuse) réputation Grande-Bretonne en matière de popotte.

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Mercredi dernier, alors que j’étais studieusement attablée devant mon livre d’allemand * j’ai été interrompue par des petits cris en provenance de la cuisine. Un peu curieuse, je suis sortie de ma chambre et me suis décidée à aller voir ce qui s’y tramait. En poussant la porte, je suis tombée nez-à-nez avec le derrière de deux de mes colocataires, pliées en quatre pour voir ce qui se passait dans le four.

Oh my God, it smells soooo good ! Yeahh …
Hey girls, what’s happening ? je leur demande, un rien inquiète
Il faut savoir que Denise m’avait avoué la semaine précédente que ses talents de cuisinière étaient proches de zéro : l’an dernier, elle avait tenté de faire cuire des pâtes mais les avait oublié sur le feu, ce qui avait conduit les pompiers à devoir évacuer l’immeuble à onze heures du soir. Véridique. J’avais donc quelques raisons de me faire du souci.
Oh Alice! You did … that ??? me demande Maria en désignant l’intérieur du four.
Err … Yes, yes that’s me, je réponds, un peu incertaine.
Oh it looks so great ! You definitely are a great cook ! s’exclament-elles.
Ha ha, it’s nothing I mean …
– No, really, it looks excellent !

Et moi de m’en retourner dans ma chambre avec un « Thank you », un sourire un peu figé et des interrogations plein la tête. Non, je ne fais pas preuve de fausse modestie. Je n’aurais pas été contre quelques compliments si le four avait contenu des macarons à la truffe, des canapés au foie gras maison ou n’importe quel autre plat un peu compliqué. Mais j’ai juste du mal à comprendre que l’on puisse s’enthousiasmer à ce point pour deux pauvres croque-monsieurs en train de carboniser dans le four. Je suis peut-être étroite d’esprit.

En même temps, je sais ce que vous allez me dire : la Grande-Bretagne n’est pas exactement connue pour être la patrie de la gastronomie. C’est vrai. En apprenant que j’allais passer un an en Ecosse, j’avais en tête le sketch culte des Inconnus où Thierry la France et ses acolytes espionnent un camp de soldats anglais, quand Bernard Campan fait soudain une découverte :

– Oh Thierry, regarde ce que j’ai trouvé ! Ca a l’air bon, si on en mangeait ?
– Ne touche pas malheureux ! C’est de la gelée à la menthe, seuls les anglais peuvent y survivre !

Les mines mi-consternées mi-moqueuses de la famille et des amis, quand je leur ai annoncé que je m’apprêtais à passer un an en Grande-Bretagne, n’ont pas aidé non plus. Je retiens les tentatives de réconfort compatissantes, façon : « Ne t’en fais pas, on t’enverra des colis de vraie nourriture ». Au final, j’étais quand même un peu effrayée. Etais-je destinée à ingurgiter un an durant des toasts rassis imbibés de thé infect et de jelly phosphorescente ? En montant dans l’avion, j’avais fait mes adieux à la bonne bouffe, les larmes aux yeux. « On se retrouvera dans un an. J’aurai changé, oui, et j’aurai peut-être pris quelques mauvaises habitudes (comme manger de l’estomac de brebis à 17h), mais je t’assure que tu me manqueras énormément ».

Une fois débarquée à Edimbourg, l’heure de faire les courses a rapidement sonné. Et bien que les rayons de Tesco ne soient pas vraiment le comble du dépaysement, j’ai parfois dû y regarder à deux fois pour m’assurer que je comprenais ce que j’avais sous le nez. Quelques soirées avec des locaux, balades à Grassmarket et plusieurs centaines heures d’investigation plus tard, j’en suis venue à la conclusion que la gastronomie brittanique comporte en effet certaines grosses erreurs de casting.

Palmarès des « En fait, c’était pas une si bonne idée que ça« .

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5. Les spaghettis bolognaises en conserve – l’étape ultime du « fait maison »

Je ne sais pas si je suis la seule à trouver ça choquant – on en trouve très certainement dans d’autres pays. Mais j’avoue avoir bloqué deux bonnes minutes sur la casserole de ma coloc, quand je l’ai trouvée dans la cuisine, pleine de sauce tomate et de bouts de pâtes, à côté d’une conserve Heinz jaune pétard. Sérieusement : des pâtes bolo en conserve ?! Pas étonnant qu’à côté de ça, mon pauvre croque-monsieur passe pour de la grande cuisine.

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4. Les « Bakes beans on toast » – le remède miracle post-cuite ?

Malheureusement, tout est dit dans le titre – les anglais font peu de mystère de ce qu’ils mangent en fait. « Voilà monsieur : des fayots sur du pain de mie, et bon appétit bien sûr ! ». Sur ce point, on peut difficilement leur reprocher leur manque d’honnêteté. En attendant, la perspective de devoir manger des haricots rouges à la sauce tomate sur du pain me réjouit assez peu. Mais Lyndsay (ma chaperonne écossaise en matière de cuisine) m’a assuré que je ne serais pas une vraie British avant d’en avoir mangé : apparament, c’est un peu l’en-cas emblématique des étudiants ici (particulièrement pour traiter les gueules de bois). Pratique, pas cher, nourissant, … Il va falloir que je me fasse violence un de ces jours.

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 3. Les « Deep fried Mars bars » – Eh les gars, et si on mettait du gras sur du gras ?

Là encore, pas de suspense. L’idée est on ne peut plus basique – même si je persiste à me demander qui a bien pu y penser : il suffit de prendre un Mars, de le tremper dans de la pâte à beignet et de le faire frire ! Miam hein ? En même temps après du poisson frit et des frites dégustées dans un boui-boui qui sent le graillon (le fameux Fish & Chips), c’est mieux de rester dans le thème – une barre de Mars sans friture, ça casserait un peu l’harmonie du repas … Je souhaiterais en dire plus sur cette trouvaille culinaire (que Julie Andrieux elle-même a qualifié de « vraiment dégueulasse »), mais je vous avoue que je n’ai pas encore trouvé le courage d’y goûter. Ca viendra. En attendant, consolez-vous avec les photos ! (re-miam)

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 2. La Marmite – on l’aime ou on la quitte

La Marmite, cette énigme ! Présenté sous la forme d’un innocent bocal en verre, un peu dans le genre « confiture à la prune de mamie », le pot de Marmite peut, de prime abord, séduire le consommateur innocent et désireux de découvrir les us et coutumes du pays. Mais quand vient le moment de déguster ce monument de la cuisine brittanique, les choses se gâtent. Grosso modo, c’est « What the fuck ?! » dans votre tête. La description (très) alléchante qu’en fait Wikipédia permet de cerner un peu mieux ce qu’est la Marmite : « marque britannique de pâte à tartiner à base de levures utilisées pour la fermentation de la bière, très riches en vitamine B1 ». Après avoir recraché ma cuillère, j’ai d’abord pensé qu’on la consommait en cuisine, un peu comme les fonds de veau, le genre de produit très fort qui sert à aromatiser les plats. Mais que nenni – j’avais oublié à qui j’avais affaire. La Marmite se mange « étalée sur des toasts ou en sandwich ». Mon Dieu, les pauvres anglais. Les British, à défaut d’avoir des papilles gustatives, sont néanmoins lucides : la campagne publicitaire du produit est symbolisée par la désormais célèbre phrase « Aimez-là ou détestez-là ». De mon côté, le choix est fait.
Note : si vous avez des carences en vitamine B1, contactez-moi et je vous en envoie un pot en Colissimo. Et croisez les doigts pour qu’il passe la douane.

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 1. L’Irn Bru – la madeleine de Proust écossaise

J’avais déjà évoqué ce doux brevage dans un article précédent, mais je me dois d’y revenir. Plus typique, tu meurs : durant ma première semaine, j’ai entendu dire que le Coca-Cola était la boisson la plus vendue dans tous les pays du monde, à l’exception de l’Ecosse. Face au géant américain, les rebelles Ecossais ont trouvé la parade : ils boivent de l’Irn Bru. L’ayeune bwou donc (c’est comme ça que ça se prononce, pas très spontané pour des Frenchies), c’est ce soda orange fluo qui squatte massivement les rayons « soft » des supermarchés scottish. Et qui a un goût infect. L’Irn Bru, c’est un peu la madeleine de Proust de l’Ecosse : en en buvant, les gens se remémorent avec émotion le goût de leur premier dentifrice, de leur bain-de-bouche-de-l-année-où-ils-avaient-eu-une-infection-des-gencives, ou du jour où ils ont par mégarde mis huit cachets de vitamine C dans vingt centilitres d’eau. Le bon vieux temps … En attendant, les commerciaux d’Irn Bru ont compris que le mystère était la clé du succès ; à la différence de leurs copains « Bakes beans on toast » et « Fried mars bar », les petits filous restent discrets : vendue depuis 1901, l’Irn Bru reste une boisson dont les ingrédients sont inconnus. La légende dit que la recette est gardée dans un coffre suisse – qu’ils la gardent surtout, on n’en veut pas ! En attendant, la lecture de l’étiquette ne rassure pas : fer, colorant « soleil levant » (il est indiqué plus loin que cette substance peut-être nocive pour les enfants – c’est rassurant)… L’Ecosse sans l’Irn Bru ne serait pas l’Ecosse. Pourtant, elle aurait tout à y gagner.

Note : je passe volontairement sur le « fromage » anglais, cette vaste blague. En anglais, « fromage » devrait être traduit par « cheddar » : en dehors de leurs quinze mille variétés de « fromage » (grosso-modo de l’emmental plus ou moins rouge, plus ou moins vieux, avec plus ou moins de goût – souvent moins d’ailleurs), les rayons sont plein de gorgonzola italien et de camembert français.

  Et pourtant.

Et pourtant, le tableau n’est pas si noir que ça – loin de là même. En dépit des apparences, et à condition de leur pardonner les fautes de goût préalablement évoquées, les brittaniques sont plutôt très doués en matière de cuisine. Un peu comme dans leur vie quotidienne, le mot d’ordre en matière de cuisine est « décomplexé ». Les British aiment bien manger (au sens où ils aiment « bien manger » et pas ils aiment bien « manger » – je suis claire ?). J’en veux pour preuve le nombre incroyable de restaurants, de salons de thé, de boulangeries, de cafés, de bistros et de brasseries.

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L’expression « comfort food » est très utilisée ici, et révèle un vrai état d’esprit : on mange pour se sentir bien – merde aux régimes et à la monotonie, les brittaniques savent se faire plaisir. Il est d’ailleurs paradoxal de noter qu’au contraire des français ou des espagnols, les anglais n’ont pas de mot pour désigner le « goûter » ! Une aberration quand on découvre que l’ « afternoon tea » est une institution dans le pays : il suffit de pousser la porte d’un café à seize heures pour s’en convaincre. Carrot cake, scones, rocky-road, cheese-cake (ahhh le « chocolat-piment » du Circle), pies … J’ai le regret de vous annoncer que nous les français, sommes très loin de pouvoir leur donner des leçons !

Les brittaniques sont aussi bien plus cosmopolites que nous. A Rennes, le nombre de restaurants proposant de la cuisine étrangère (et par étrangère je n’entend pas les pizzerias ou les sushi bars) est tellement ridicule que ça fait presque de la peine. Pour peu que le restaurant indien de la place des Lices soit fermé, on en est réduit à manger des galettes. C’est bon les galettes – mais pour le dépaysement on repassera. A Edimbourg au contraire, l’exotisme est partout ! Afrique, Corée, Italie, Mexique, Japon (les chinois qui font la guerre avec les Américains ?), Népal, Turquie, Etats-Unis, Argentine, Inde … Et France bien sûr. Le Petit Paris, la Maison Bleue, French Connection, le Café Gourmand, Chez Jules – les Français sont ici chez eux. J’ai beau être tombée un peu amoureuse de la gastronomie écosso-internationale, je n’exclus quand même pas une petite piqûre de rappel d’ici Juin prochain. Faut pas déconner non plus.

En conclusion, et même si j’ai plus l’impression d’avoir fait un portrait à charge qu’un éloge de la gastronomie Grande-Bretonne, j’espère vous avoir au moins convaincu que je ne mourrai pas de faim cette année ! (mais quelqu’un en doutait-il vraiment ?) Bon, je vous laisse, mon porridge est prêt. Oups – je crois que je deviens écossaise …

Toujours vivante après un mois, soyez tranquille !

Toujours vivante après un mois, soyez tranquille !

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* propagande à destination de mes paternels ; en vrai je regardais la saison 6 de How I met Your Mother – disons que je travaillais mon anglais.

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Fresher’s Week à l’Ecossaise

La queue devant Teviot pour le Fresher's Ball du samedi soir

La queue devant Teviot pour le Fresher’s Ball du samedi soir

Haa la semaine d’inté ! On y a droit en entrant en école de commerce, à Sciences Po, à la fac (euh non pas à la fac en fait), en école d’ingé – etc etc … Un des avantages majeurs de la 3ème année, c’est la possibilité de remettre ça ! Bien que n’étant plus de petits bacheliers timides et désireux de commencer notre vie estudiantine sur les chapeaux de roues, il faut admettre que l’idée d’avoir droit à « Semaine d’inté : le retour », c’est plutôt excitant. Et ça l’est d’autant plus quand on étudie à l’Université d’Edimbourg – les Scottish aiment faire les choses en grand … Entre galères de logement, emploi du temps super-light et associations à gogo, voici la Fresher’s Week à la sauce écossaise !

  • Mode d’emploi

Pour commencer : kézako qu’une semaine d’inté à l’écossaise ? La Fresher’s week comme ils l’appellent ici, désigne la semaine de pré-rentrée et est destinée à tous les nouveaux étudiants Undergraduate (les L1 ou 1A chez nous les Frenchies), Postgraduates (master), les PhD ou doctorants (bizarrement on les voit moins lors des bars crawls ceux-là), et bien sûr, tous les Visiting Students ! Etant donné le nombre (excessif) de Freshers, l’Université d’Edimbourg se doit de prévoir large. Voici donc la Fresher’s Week en quelques chiffres :
240 : le nombre de « societies », c’est-à-dire de clubs et d’associations. La Societies Fair (leur journée des assos) est carrément impressionnante : du club « bootcamp » au club « Fromage » en passant par le club « Marxiste », il y en a pour TOUS les goûts. (je sais que les listes, c’est assez pénible à lire, mais je me dois de mentionner le club de montgolfière, le club de ski, le club de randonnée en poney et le club Bière et Cidre). (sans oublier le club Harry Potter, qui organise régulièrement de tournois de Quidditch dans les Meadows – j’ai hâte de voir ça).

La Cheese Society lors de la Societies Fair

La Cheese Society lors de la Societies Fair

700 : le nombre d’évènements organisés pendant la semaine d’inté. Le programme des évènements fait pas moins de 40 pages, pas très écolo, et nécessite une organisation pointilleuse ! Organisation d’ailleurs pas toujours au rendez-vous… En une semaine, on a réussi à perdre deux étudiants dans une chapelle (si si, c’est possible) située à une heure du campus, on a réussi à manquer une visite (ET à ne pas se la faire rembourser) car les organisateurs avaient mélangé les points de rendez-vous, et pour £5 on a eu droit à un pseudo-haggis dans une assiette en plastique – assez loin des « Scottish Yummies » que le programme annonçait.

LE plat national : le Haggis avec Neeps and Tatties. En gros, il d'agit de viande de mouton hachée avec plein d'épices, servie avec de la purée - je sais, je brise un mythe ...

LE plat national : le Haggis avec Neeps and Tatties. En gros, il d’agit de viande de mouton hachée avec plein d’épices, servie avec de la purée – je sais, je brise un mythe …

– £40 : c’est le prix du Fresher’s Pass. « Je suis venu, je l’ai acheté, et j’aurais pas dû  » : la majorité des évènements sont gratuits, pour le reste, c’est mal organisé, cf. plus haut. (Note à moi-même : ne pas me faire avoir la prochaine fois).
3 : le nombre de bâtiments appartenant à l’Université et dans lesquels se déroulent la majorité des soirées et activités de la semaine (mais aussi le reste de l’année !). Pleasance, Potterhow et Teviot (le petit château oui) sont les Unions Buildings. A l’intérieur : des restaurants, des salles de concert, des salles de danse, des salles de gym dernier cri, des cafés, … On est plutôt très loin de la salle des assos de l’IEP pour les rennais qui me liraient.

Teviot, l'un des "union buildings" qui accueille la majorité des évènements organisés par les 240 societies de la fac.

Teviot, l’un des « union buildings » qui accueille la majorité des évènements organisés par les 240 societies de la fac.

  • Nouvelles têtes

La Fresher’s Week sert évidemment à faire de nouvelles rencontres, l’occasion de se présenter à peu près dix mille fois par jour à des tas et des tas de gens provenant de pays divers et variés. (A noter une invasion teutonne et yankee cette année : que font les allemands et les ‘ricains en Ecosse ??) Les étrangers sont en général contents de rencontrer des Français. La conversation classique se déroule grosso modo ainsi :
– Hi! So you’re from France ? (grand sourire)
– Yes, I’m !
– Paris ? Ley champe Zélizey ? Touw Eyfel ? (combo : sourire + étoiles dans les yeux)
– No, I come from Brittany !
– Oh… (les coins de la bouche tombent, le regard se fait inquiet) I see … (en général, ils ne « see »nt pas du tout justement)
– You know, Brittany ! The region in the West of France ? The sea … ? No ? Brittany ?
– Like … Spears ?
– Err … I’m sorry ?
– Britney Spears … ? »
Pense-bête : 1) Dire « The West of France », c’est mieux. 2) Penser à travailler son accent.

Comment rencontrer du monde en Ecosse ? En dansant le Ceilidh ! Bon, la photo n'est pas de moi, mais grosso-modo ça vous donne une idée du genre de sauteries qui ont lieu dans le coin !

Comment rencontrer du monde en Ecosse ? En dansant le Ceilidh ! Bon, la photo n’est pas de moi, mais grosso-modo ça vous donne une idée du genre de sauteries qui ont lieu dans le coin !

  • La Fresher’s Week version quête du graal : le logement

Alors que certains chanceux ont la chance de pouvoir profiter des joies de la semaine d’inté (faire la queue sous la pluie à 8h du matin, danser le ceilidh, se croire dans Harry Potter quand le principal prononce le discours d’accueil), d’autres doivent faire face au problème numéro un de tout nouvel étudiant édimbourgeois : la pénurie de logement. Présenté comme ça, bon, on se dit qu’il n’y a pas de quoi fouetter un chat. Les choses s’avèrent quand même être un poil plus compliquées quand vous venez de débarquer en territoire inconnu (et hostile qui plus est – entre la pluie, l’accent écossais et la panse de brebis), avec vos 30kg de bagages et votre attestation d’inscription à l’université. Pour faire simple, la grande majorité des baux ont une durée d’un an. C’est un peu gênant quand vous restez neuf mois, mais ça devient vraiment galère si vous n’en restez que quatre. Pour commencer, les agences vous jettent tous méthodiquement. Certaines, dans leur grande bonté, ont parfois la générosité de vous proposer des contrats court terme ; en Ecosse, un contrat court terme est synonyme de 600£ de loyer par semaine et par personne. Le marché immobilier écossais, ou l’art de se foutre de la gueule du monde. Une fois l’éventualité de passer par une agence écartée, la majorité des étudiants se tournent vers les groupes Facebook qui pulullent sur la toile. Des étudiants ayant déjà trouvé un appart y cherchent parfois des colocataires. Là encore, assez dur de trouver des contrats d’un semestre. Parfois pourtant, la chance vous sourit et vous pouvez décrocher un entretien avec vos « futurs-colocs-potentiels » – les choses rigolotes commencent. Au choix :

  • vous pouvez vous retrouver face à un autre candidat et devoir défendre votre place en répondant aux feu croisé des questions des proprios et des autres colocs (Tu manges bio ? Tu joues du piano ? Tu es prêt à payer une fortune pour une chambre ridicule ?) ;

  • vous pouvez penser faire la visite seul et vous retrouver à être vingt pour visiter une chambre ;

Tout ça bien sûr pour des piaules miteuses et extrêmement chères – sinon c’est pas assez drôle. Le problème, c’est qu’il est tellement difficile de trouver un logement que les étudiants se retrouvent forcés d’accepter des trucs parfois limites. Et l’université alors ? Elle qui accepte des centaines d’étudiants étrangers pour le semestre en sachant que le marché est saturé, elle doit pouvoir faire quelque chose non ? Eh bien non ! Quand on va au service « accomodations », on se voit répondre que « Eh oui – c’est le même problème tous les ans – malheureusement l’université ne loge que les étudiants qui restent un an – vous n’êtes pas la première et vous ne serez pas la dernière – si je pouvais je vous aiderais – certains étudiants passent le semestre en auberge de jeunesse vous savez ». Ca vous fait une belle jambe quoi. Le combo « université inutile + agences innefficaces + absence de baux pour le court-terme » conduit à des situations assez sordide. La création sur Facebook par exemple d’un groupe « Homeless students of Edinburgh ». Le post de messages quasi-désespérés d’étudiants qui sortent de l’aéroport et qui n’ont pas d’endroit où passer leur première nuit car les auberges de jeunesse et les hôtels sont tous pleins pour la semaine. Bref, des situations aberrantes et qui pourraient être évitées.. L’Université d’Edimbourg peut se vanter autant qu’elle veut d’accueillir de brillants étudiants internationaux, mais si ceux-ci doivent rejoindre un groupe d’étudiants SDF pour trouver un logement, c’est qu’il est plus que temps de se poser des questions … Pour ce qui est de mes copines dans la panade, elles s’en sont (plutôt) bien tirées – même si les colocs laissent parfois à désirer. Cougar de cinquante piges qui part en vacances à Ibiza,  trentenaire à priori sympathique qui fume de l’herbe dans le salon avec ses potes et invite des girlfriends à la maison (en ayant la délicatesse de prévenir qu’il « risque de faire du bruit » – trop aimable) … Les joies d’Erasmus en somme !

La cérémonie de bienvenue dans Mac Ewan's Hall. Tous les gusses en robes sont des gens importants (principal, adjoint, président de l'EUSA, recteur...), manque plus que Dumbledore !

La cérémonie de bienvenue dans Mac Ewan’s Hall. Tous les gusses en robes sont des gens importants (principal, adjoint, président de l’EUSA, recteur…), manque plus que Dumbledore !

  •  Les choses sérieuses commencent : les cours

La semaine d’inté, c’est pas non plus que du fun et des galères de logement, c’est aussi l’occasion de se rappeler qu’on est venus là pour étudier. Pas toujours évident de s’en souvenir. Le rendez-vous avec le Personal Tutor a lieu pendant la semaine et sert à vérifier que tout est au point au niveau des cours. De mon côté, j’ai d’emblée été mise dans le bain quand mon tuteur a vu mon emploi du temps et a éclaté de rire. Un peu inquiète, je lui demande le motif de son hilarité, parce que personellement je ne trouve pas que mes cours d’allemand ou de culture celtique prêtent tant que ça à la rigolade. Et lui de me répondre en pouffant « Mais vous avez pris trop de cours ! Quatre par semaine, c’est beaucoup trop, même les étudiants écossais n’en prennent que trois ». Bon. Je n’avais pas l’impression d’être super ambitieuse en choisissant quatre cours pour un semestre, mais il faut croire qu’on ne fonctionne pas pareil en France et en Ecosse … Au final, après de nombreux mails / test d’anglais / rendez-vous avec le Visiting Student Office / changements d’avis, je risque de suivre : allemand (5h par semaine dont une le vendredi aprèm, ce qui pourrit potentiellement mes chances de partir en week-end pour trois jours), Civilisation celtique (3h par semaine) et Management (2h par semaine). 

Arthur's Seat, la superbe montagne qui surplombe Edimbourg. Il faut un peu de temps (et de bonnes jambes) pour arriver en haut, mais la vue vaut largement le coup ! (magnifique camaïeu de gris dans le ciel au passage, qui laisse présager des litres de pluie dans les heures à venir)

Arthur’s Seat, la superbe montagne qui surplombe Edimbourg. Il faut un peu de temps (et de bonnes jambes) pour arriver en haut, mais la vue vaut largement le coup ! (magnifique camaïeu de gris dans le ciel au passage, qui laisse présager des litres de pluie dans les heures à venir)

Pour les feignants qui n’ont pas lu le reste, ma Fresher’s Week a grosso modo été top – même si je me rends compte que je suis un tout petit peu amère sur certains points (mais je suis française, j’ai une réputation à tenir aussi !) ! On a vu des châteaux, des chapelles, bu du whisky, de la bière et de l’Irn Bru (LA boisson locale qui détrône Coca-Cola : un soda orange fluo qui a goût de dentifrice – comble de l’horreur : ils boivent ça avec du whisky ; il faudra qu’on m’explique), on a visité Edimbourg la nuit avec un vampire pour guide, on a grimpé des montagnes, on a cru être à Poudlard quand le principal et les adjoints sont entrés dans Mac Ewan’s Hall en toge sur du Haendel, on a visité le Parlement, mangé des tonnes de pizza, du haggis (pour les courageux au fait, il existe des pizzas au haggis, je dis ça je dis rien), et des fantastiques carrot cakes,  rencontré des gens supers sympas et d’autres plus bizarres, on a bravé la pluie et le vent …

La fine équipe de randonneuses avec qui j'ai monté Arthur's Seat (majorité française, mais on trouve une Belge et une Américaine dans le lot)

La fine équipe de randonneuses avec qui j’ai monté Arthur’s Seat (majorité française, mais on trouve une Belge et une Américaine dans le lot)

Plus important : je suis plus que jamais fan d’Edimbourg. En bref : le reste de l’année s’annonce bien !

Encore et toujours lui : le château d'Edimbourg ! Et l'occasion de rappeler aux jaloux que OUI, il fait PARFOIS beau en Ecosse (non mais).

Encore et toujours lui : le château d’Edimbourg ! Et l’occasion de rappeler aux jaloux que OUI, il fait PARFOIS beau en Ecosse (non mais).

Etude des moeurs écossaises par un week-end pluvieux

Edimbourg depuis la terrasse du NMS

Cet article se veut une sorte de mode d’emploi à destination des pauvres 3A ayant fraîchement entamé leur « Voyage en terres inconnues ». Sans Frédéric Lopez pour sourire béatement aux autochtones et pour porter les bagages, les premiers pas dans un pays étranger sont souvent inégalement difficiles…

Pour certains, les premiers jours ne posent pas de problèmes : chaleureusement accueillis par une cousine d’Amérique, ils découvrent leur ville en enchaînant resto sur resto, au point d’oser se plaindre de trop peu manger à la maison (!) . Pour d’autres, les premiers jours s’annoncent à la fois ardus et remplis, l’objectif étant de trouver un logement un tant soit peut décent dans les plus brefs délais, pour fuir l’auberge de jeunesse miteuse dans laquelle ils séjournent. N’y voyez bien sûr aucune référence à des personnages existant ou ayant existé – quoique …

Pour les autres cependant, le début de 3A peut représenter – au choix – un défi personnel, des vacances ou un mauvais moment à passer, avec toujours en ligne de mire votre nouvelle amie : la solitude. Dans mon cas, le challenge a consisté à répondre à une équation simple. Prenez vos stylos et notez :

 » Que faire quand votre seule et unique coloc :
– étudie tous les jours de neuf heures à dix-sept heures,
– travaille le soir de dix-huit heures à vingt-deux heures,
– part ensuite en week-end à Glasgow,
– en vous laissant seule (i.e. sans télé, sans internet, sans radio) dans une ville où TOUT ferme à dix-sept heures pétantes ? ».

Vous avez deux heures.

Attention, je ne me plains pas ! J’ai déjà trouvé un logement, je me débrouille en anglais, l’Ecosse n’est pas le summum du choc culturel … devoir passer un week-end à Edimbourg n’est donc pas vraiment l’idée que je me fais d’une galère. Mais quand même. Je devais meubler ces fichues journées avec pour seuls compagnons mon appareil photo, mes multiples guides sur l’Ecosse et Edimbourg (mieux vaut trop que trop peu comme on dit), un Fred Vargas et une tablette de chocolat (« feue une tablette de chocolat » pour être honnête).

Alors j’ai joué à la touriste : appareil autour du cou, Guide du Routard dans la main et Converses aux pieds. J’ai visité un musée (le National Museum of Scotland, mieux que la Foir’Fouille ! On y trouve un mouton empaillé – Dolly ! , un vrai satellite, un jeu d’échecs viking, les bijoux de Marie Stuart… – absolument génial), éclusé un ou deux cimetières, je me suis farci des restes de pseudo-volcans (Holyrood, Arthur’s Seat, Carlton Hill) du haut desquels la vue sur Edimbourg est incroyable, je suis rentré dans des églises austères … occupations qu’un groupe de touriste japonais n’aurait pas renié – et ils viennent ici en masse ! L’occasion d’en apprendre plus sur l’Ecosse et de prendre de jolies photos.

L’occasion aussi de relever les premiers indices qui laissent deviner qu’en dépit du reste, cette année écossaise sera dépaysante. Petit inventaire des us et coutumes édimbourgeois.

les Ecossais ont une passion évidente pour tout ce qui a trait à leur estomac. Le Lonely Planet, le Routard et National Geographic m’avaient mis en garde (Edimbourg est la ville britannique qui compte le plus de restaurants par habitants), mais rien ne m’avait préparé au nombre astronomique de restaurants / cafés / pubs / bars / bouis-bouis plus ou moins atrayants. En France, nous sommes assaillis de boulangeries ; ici ce sont les resto. Impossible de parcourir une rue sans tomber sur un chinois, un indien ou une crêperie (pas encore testée la crêperie, mais je demande à voir). Dans certains coins de la ville, on peut trouver une enfilade de six ou sept pubs, resto, café, etc, etc … Ce qui me réjouit plutôt, il faut le reconnaître.

les Ecossais aiment faire bûcher leurs étudiants. J’en veux pour preuve ma surprise en voyant Beth (ma coloc) sortir de l’appart avec deux ou trois livres sous le bras (« Maybe you know Piew Bouwdiou Alice ? He’s French ») un soir à 22h. Et m’annoncer le plus naturellement du monde qu’elle part bosser à la bibliothèque de la fac et que je ne dois pas l’attendre vu qu’elle ne rentrera pas avant une ou deux heures du matin. En période d’examen, la bibliothèque ne ferme JAMAIS. Elle est loin la BU de l’IEP, où l’on se fait gentiment prier de dégager à 18h45 tapantes …

les Ecossais achètent la majorité de leurs fruits et légumes à l’unité. Oui, oui, ça peut paraître anecdotique. Mais quand vous comptiez faire un crumble maison le dimanche aprem, l’idée de devoir dépenser le prix d’un petit repas au resto pour acheter vos pommes (80 pences l’unité pour certaines, soit pas loin d’un euro) vous refroidit un peu. En fait les yaourts, c’est bien aussi.

les Ecossais adorent faire croire aux étrangers que l’Anglais n’est plus la langue officielle en Ecosse. A grand renfort de « Ante he tolt mi », de « r » roulés et de « hayyyyy » vigoureux pour dire « oui » (la sobriété n’est pas leur fort), la plupart arrivent à vous faire douter de votre maîtrise de la langue de Shakespeare.

les Ecossais aiment aussi laisser penser aux touristes que Robert the Bruce et William Wallace (héros historiques de la lutte contre la tutelle anglaise) sont nos contemporains, et que le kilt est donc toujours à la pointe de la mode. Raison pour laquelle les rues touristiques sont innondées de magasins de souvenirs ringards où le tartan est de rigueur (du bonnet péruvien au soutien-gorge malheureusement). A part un joueur de cornemuse (l’équivalent de nos accordéonistes qui jouent Amélie Poulain sur le pont des Arts, pas typiquement authentique), un Highlander en plastique dans le National museum of Scotland et un touriste chinois (eh oui, il a osé…), pas vu trace de tartan.

les Ecossais sont des couche-tôt. Et quand je dis « couche-tôt », c’est « vraiment » couche-tôt. Leurs musées ferment à 17h. Leurs magasins ferment à 17h (mais pas leurs Tesco, dieu merci). Leur journal de 20 heures est à 18h. Leurs cafés ferment à 18h. Heure à laquelle les tables des restaurants sont toutes remplies. Même Beth, ma coloc, mange à 17h30 le soir (charité suprême, elle a consenti à décaler son diner d’une demie-heure un soir où on est allées manger ensemble). A 19h, tout est fermé, tu as mangé, il fait presque nuit (c’est l’Ecosse), et froid (c’est l’Ecosse). D’où ma question : mais que font les Ecossais après 19h ?! De plus amples investigations seront nécessaires …

D’ici là, enjoyez les photos ! See you soon !

Puzzle architectural

 

 

 

 

Carlton Graveyard 2

 

 

Carlton Graveyard

 

 

La verrière du NMS

 

La Firth of Forth depuis Carlton Hill

 

Cache-cache sur Carlton Hill

 

 

Holyrood vu depuis Carlton Hill

 

Et un satellite, un !

 

Carlton Hill, l'Acropole Edimbourgeoise - mouais