« Dis Maman, ils mangent quoi en Ecosse ? »


Avant-propos
: en dépit des apparences, cet article se veut être un manifeste pour la réhabilitation de la (désastreuse) réputation Grande-Bretonne en matière de popotte.

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Mercredi dernier, alors que j’étais studieusement attablée devant mon livre d’allemand * j’ai été interrompue par des petits cris en provenance de la cuisine. Un peu curieuse, je suis sortie de ma chambre et me suis décidée à aller voir ce qui s’y tramait. En poussant la porte, je suis tombée nez-à-nez avec le derrière de deux de mes colocataires, pliées en quatre pour voir ce qui se passait dans le four.

Oh my God, it smells soooo good ! Yeahh …
Hey girls, what’s happening ? je leur demande, un rien inquiète
Il faut savoir que Denise m’avait avoué la semaine précédente que ses talents de cuisinière étaient proches de zéro : l’an dernier, elle avait tenté de faire cuire des pâtes mais les avait oublié sur le feu, ce qui avait conduit les pompiers à devoir évacuer l’immeuble à onze heures du soir. Véridique. J’avais donc quelques raisons de me faire du souci.
Oh Alice! You did … that ??? me demande Maria en désignant l’intérieur du four.
Err … Yes, yes that’s me, je réponds, un peu incertaine.
Oh it looks so great ! You definitely are a great cook ! s’exclament-elles.
Ha ha, it’s nothing I mean …
– No, really, it looks excellent !

Et moi de m’en retourner dans ma chambre avec un « Thank you », un sourire un peu figé et des interrogations plein la tête. Non, je ne fais pas preuve de fausse modestie. Je n’aurais pas été contre quelques compliments si le four avait contenu des macarons à la truffe, des canapés au foie gras maison ou n’importe quel autre plat un peu compliqué. Mais j’ai juste du mal à comprendre que l’on puisse s’enthousiasmer à ce point pour deux pauvres croque-monsieurs en train de carboniser dans le four. Je suis peut-être étroite d’esprit.

En même temps, je sais ce que vous allez me dire : la Grande-Bretagne n’est pas exactement connue pour être la patrie de la gastronomie. C’est vrai. En apprenant que j’allais passer un an en Ecosse, j’avais en tête le sketch culte des Inconnus où Thierry la France et ses acolytes espionnent un camp de soldats anglais, quand Bernard Campan fait soudain une découverte :

– Oh Thierry, regarde ce que j’ai trouvé ! Ca a l’air bon, si on en mangeait ?
– Ne touche pas malheureux ! C’est de la gelée à la menthe, seuls les anglais peuvent y survivre !

Les mines mi-consternées mi-moqueuses de la famille et des amis, quand je leur ai annoncé que je m’apprêtais à passer un an en Grande-Bretagne, n’ont pas aidé non plus. Je retiens les tentatives de réconfort compatissantes, façon : « Ne t’en fais pas, on t’enverra des colis de vraie nourriture ». Au final, j’étais quand même un peu effrayée. Etais-je destinée à ingurgiter un an durant des toasts rassis imbibés de thé infect et de jelly phosphorescente ? En montant dans l’avion, j’avais fait mes adieux à la bonne bouffe, les larmes aux yeux. « On se retrouvera dans un an. J’aurai changé, oui, et j’aurai peut-être pris quelques mauvaises habitudes (comme manger de l’estomac de brebis à 17h), mais je t’assure que tu me manqueras énormément ».

Une fois débarquée à Edimbourg, l’heure de faire les courses a rapidement sonné. Et bien que les rayons de Tesco ne soient pas vraiment le comble du dépaysement, j’ai parfois dû y regarder à deux fois pour m’assurer que je comprenais ce que j’avais sous le nez. Quelques soirées avec des locaux, balades à Grassmarket et plusieurs centaines heures d’investigation plus tard, j’en suis venue à la conclusion que la gastronomie brittanique comporte en effet certaines grosses erreurs de casting.

Palmarès des « En fait, c’était pas une si bonne idée que ça« .

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5. Les spaghettis bolognaises en conserve – l’étape ultime du « fait maison »

Je ne sais pas si je suis la seule à trouver ça choquant – on en trouve très certainement dans d’autres pays. Mais j’avoue avoir bloqué deux bonnes minutes sur la casserole de ma coloc, quand je l’ai trouvée dans la cuisine, pleine de sauce tomate et de bouts de pâtes, à côté d’une conserve Heinz jaune pétard. Sérieusement : des pâtes bolo en conserve ?! Pas étonnant qu’à côté de ça, mon pauvre croque-monsieur passe pour de la grande cuisine.

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4. Les « Bakes beans on toast » – le remède miracle post-cuite ?

Malheureusement, tout est dit dans le titre – les anglais font peu de mystère de ce qu’ils mangent en fait. « Voilà monsieur : des fayots sur du pain de mie, et bon appétit bien sûr ! ». Sur ce point, on peut difficilement leur reprocher leur manque d’honnêteté. En attendant, la perspective de devoir manger des haricots rouges à la sauce tomate sur du pain me réjouit assez peu. Mais Lyndsay (ma chaperonne écossaise en matière de cuisine) m’a assuré que je ne serais pas une vraie British avant d’en avoir mangé : apparament, c’est un peu l’en-cas emblématique des étudiants ici (particulièrement pour traiter les gueules de bois). Pratique, pas cher, nourissant, … Il va falloir que je me fasse violence un de ces jours.

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 3. Les « Deep fried Mars bars » – Eh les gars, et si on mettait du gras sur du gras ?

Là encore, pas de suspense. L’idée est on ne peut plus basique – même si je persiste à me demander qui a bien pu y penser : il suffit de prendre un Mars, de le tremper dans de la pâte à beignet et de le faire frire ! Miam hein ? En même temps après du poisson frit et des frites dégustées dans un boui-boui qui sent le graillon (le fameux Fish & Chips), c’est mieux de rester dans le thème – une barre de Mars sans friture, ça casserait un peu l’harmonie du repas … Je souhaiterais en dire plus sur cette trouvaille culinaire (que Julie Andrieux elle-même a qualifié de « vraiment dégueulasse »), mais je vous avoue que je n’ai pas encore trouvé le courage d’y goûter. Ca viendra. En attendant, consolez-vous avec les photos ! (re-miam)

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 2. La Marmite – on l’aime ou on la quitte

La Marmite, cette énigme ! Présenté sous la forme d’un innocent bocal en verre, un peu dans le genre « confiture à la prune de mamie », le pot de Marmite peut, de prime abord, séduire le consommateur innocent et désireux de découvrir les us et coutumes du pays. Mais quand vient le moment de déguster ce monument de la cuisine brittanique, les choses se gâtent. Grosso modo, c’est « What the fuck ?! » dans votre tête. La description (très) alléchante qu’en fait Wikipédia permet de cerner un peu mieux ce qu’est la Marmite : « marque britannique de pâte à tartiner à base de levures utilisées pour la fermentation de la bière, très riches en vitamine B1 ». Après avoir recraché ma cuillère, j’ai d’abord pensé qu’on la consommait en cuisine, un peu comme les fonds de veau, le genre de produit très fort qui sert à aromatiser les plats. Mais que nenni – j’avais oublié à qui j’avais affaire. La Marmite se mange « étalée sur des toasts ou en sandwich ». Mon Dieu, les pauvres anglais. Les British, à défaut d’avoir des papilles gustatives, sont néanmoins lucides : la campagne publicitaire du produit est symbolisée par la désormais célèbre phrase « Aimez-là ou détestez-là ». De mon côté, le choix est fait.
Note : si vous avez des carences en vitamine B1, contactez-moi et je vous en envoie un pot en Colissimo. Et croisez les doigts pour qu’il passe la douane.

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 1. L’Irn Bru – la madeleine de Proust écossaise

J’avais déjà évoqué ce doux brevage dans un article précédent, mais je me dois d’y revenir. Plus typique, tu meurs : durant ma première semaine, j’ai entendu dire que le Coca-Cola était la boisson la plus vendue dans tous les pays du monde, à l’exception de l’Ecosse. Face au géant américain, les rebelles Ecossais ont trouvé la parade : ils boivent de l’Irn Bru. L’ayeune bwou donc (c’est comme ça que ça se prononce, pas très spontané pour des Frenchies), c’est ce soda orange fluo qui squatte massivement les rayons « soft » des supermarchés scottish. Et qui a un goût infect. L’Irn Bru, c’est un peu la madeleine de Proust de l’Ecosse : en en buvant, les gens se remémorent avec émotion le goût de leur premier dentifrice, de leur bain-de-bouche-de-l-année-où-ils-avaient-eu-une-infection-des-gencives, ou du jour où ils ont par mégarde mis huit cachets de vitamine C dans vingt centilitres d’eau. Le bon vieux temps … En attendant, les commerciaux d’Irn Bru ont compris que le mystère était la clé du succès ; à la différence de leurs copains « Bakes beans on toast » et « Fried mars bar », les petits filous restent discrets : vendue depuis 1901, l’Irn Bru reste une boisson dont les ingrédients sont inconnus. La légende dit que la recette est gardée dans un coffre suisse – qu’ils la gardent surtout, on n’en veut pas ! En attendant, la lecture de l’étiquette ne rassure pas : fer, colorant « soleil levant » (il est indiqué plus loin que cette substance peut-être nocive pour les enfants – c’est rassurant)… L’Ecosse sans l’Irn Bru ne serait pas l’Ecosse. Pourtant, elle aurait tout à y gagner.

Note : je passe volontairement sur le « fromage » anglais, cette vaste blague. En anglais, « fromage » devrait être traduit par « cheddar » : en dehors de leurs quinze mille variétés de « fromage » (grosso-modo de l’emmental plus ou moins rouge, plus ou moins vieux, avec plus ou moins de goût – souvent moins d’ailleurs), les rayons sont plein de gorgonzola italien et de camembert français.

  Et pourtant.

Et pourtant, le tableau n’est pas si noir que ça – loin de là même. En dépit des apparences, et à condition de leur pardonner les fautes de goût préalablement évoquées, les brittaniques sont plutôt très doués en matière de cuisine. Un peu comme dans leur vie quotidienne, le mot d’ordre en matière de cuisine est « décomplexé ». Les British aiment bien manger (au sens où ils aiment « bien manger » et pas ils aiment bien « manger » – je suis claire ?). J’en veux pour preuve le nombre incroyable de restaurants, de salons de thé, de boulangeries, de cafés, de bistros et de brasseries.

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L’expression « comfort food » est très utilisée ici, et révèle un vrai état d’esprit : on mange pour se sentir bien – merde aux régimes et à la monotonie, les brittaniques savent se faire plaisir. Il est d’ailleurs paradoxal de noter qu’au contraire des français ou des espagnols, les anglais n’ont pas de mot pour désigner le « goûter » ! Une aberration quand on découvre que l’ « afternoon tea » est une institution dans le pays : il suffit de pousser la porte d’un café à seize heures pour s’en convaincre. Carrot cake, scones, rocky-road, cheese-cake (ahhh le « chocolat-piment » du Circle), pies … J’ai le regret de vous annoncer que nous les français, sommes très loin de pouvoir leur donner des leçons !

Les brittaniques sont aussi bien plus cosmopolites que nous. A Rennes, le nombre de restaurants proposant de la cuisine étrangère (et par étrangère je n’entend pas les pizzerias ou les sushi bars) est tellement ridicule que ça fait presque de la peine. Pour peu que le restaurant indien de la place des Lices soit fermé, on en est réduit à manger des galettes. C’est bon les galettes – mais pour le dépaysement on repassera. A Edimbourg au contraire, l’exotisme est partout ! Afrique, Corée, Italie, Mexique, Japon (les chinois qui font la guerre avec les Américains ?), Népal, Turquie, Etats-Unis, Argentine, Inde … Et France bien sûr. Le Petit Paris, la Maison Bleue, French Connection, le Café Gourmand, Chez Jules – les Français sont ici chez eux. J’ai beau être tombée un peu amoureuse de la gastronomie écosso-internationale, je n’exclus quand même pas une petite piqûre de rappel d’ici Juin prochain. Faut pas déconner non plus.

En conclusion, et même si j’ai plus l’impression d’avoir fait un portrait à charge qu’un éloge de la gastronomie Grande-Bretonne, j’espère vous avoir au moins convaincu que je ne mourrai pas de faim cette année ! (mais quelqu’un en doutait-il vraiment ?) Bon, je vous laisse, mon porridge est prêt. Oups – je crois que je deviens écossaise …

Toujours vivante après un mois, soyez tranquille !

Toujours vivante après un mois, soyez tranquille !

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* propagande à destination de mes paternels ; en vrai je regardais la saison 6 de How I met Your Mother – disons que je travaillais mon anglais.

8 réflexions sur “« Dis Maman, ils mangent quoi en Ecosse ? »

  1. Bon, prépare tous ces délices *ahem* et promis, je débarque pour te voir et on les goûte un par un ! 😀
    (je considère de plus en plus de venir te voir chère amie, je ne raterais pour rien au monde la découverte du monde britton d’Ecosse !)

  2. Ahaha, j’ai bien ri, mais je dois dire que je ne suis pas DU TOUT d’accord avec le fait que l’Irn Bru est infecte ! On a développé une véritable addiction avec des copains, si bien que de retour à Paris, nous continuons à traquer tous les endroits qui en vendent (ouais… ouais.).
    Bref, bon ap’ 🙂

    • Personnellement, je n’arrive vraiment pas à dépasser le stade du bain de bouche … Mais qui sait, peut-être qu’après 5 ou 6 mois, j’aurai dit bye-bye au Coca hein 😉 Des tuyaux de spécialités sympas sinon ?

  3. Bonsoir,
    Je reviens d’un passage à Edimbourg (j’ai d’ailleurs découvert ton blog que je compte bien suivre, en préparant mon voyage 😉 ) et j’ai été « choquée » par la nourriture ! J’ai eut l’occas de faire plusieurs fois un tour au Tesco, et j’y ai découvert les maccaronis en boite, les spaguettis en boite,… on dirait que les écossais adorent mettre les plats en boites ^^
    Bon je n’ai pas goûté cela. Par contre j’ai goûté le snickers fried… et au final, c’est moins pire que ce que je pensais. Ce n’est pas exceptionnel, mais ce n’est pas dégoutant non plus. Par contre comme tu le dis, c’est gras !
    J’ai également goûté les petites barres de gelée (dans le genre chimique), des petites tartes au macaroni au fromage (ignoble…)..
    Et ils adorent aussi visiblement les plats tout prêt, Mark & Spencer m’en a donné un aperçu !
    Enfin bref, je m’interroge… trouves-tu tout de même de bonnes choses à manger là-bas ?? 😀

    • Il faut leur reconnaître ça : les British n’ont pas de complexes (pas plus au niveau gastronomique que vestimentaire – hélàs) et ça conduit à quelques ratés, oui. Et pourtant … Et pourtant, je trouve qu’on peut vraiment bien manger en Grande-Bretagne ! A condition de le vouloir bien sûr, de résister aux sirènes du tout-préparé (je suis d’accord avec toi sur ce point) on peut vraiment s’en sortir à bon compte. Leurs sauces indiennes, leurs crumpets / pancakes / scones, leurs légumes originaux (courges butternut et patates douces à tous les rayons), et bien sûr LEURS GÂTEAUX (dont je pourrais parler longtemps) aident vraiment à faire la transition en douceur 😉

  4. Pour l’Irn Bru, ce n’est qu’une question de temps… ;D
    En spécialité, je n’ai pas testé grand chose d’ecossais… Je passais mon tps soit à Teviot, soit au resto indien. Mais niveau biscuits, j’étais ACCRO aux McVities Penguins, si tu n’as pas déjà testé ! Très chocolaté et sucré…

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