Les Highlands, enfin !

Old Man of Storr - Ile de Skye

Old Man of Storr – Ile de Skye

Quand j’ai annoncé que je partais en Ecosse, les gens autour de moi se sont montrés peu inventifs en matière de réactions :
– « Ohhhhh, ben tu vas voir Nessie ! »
– « La chance, tu me ramèneras un kilt »
– « Bois pas trop de whisky »
– J’en passe et des meilleures, le but étant de prouver à tout un chacun (en l’occurrence, vous, lecteurs) que l’Ecosse est une terre de clichés et de stéréotypes.

A l’évocation du mot « Ecosse », un bon joueur à Pyramides (révisez vos classiques) répondrait probablement en vrac malt, carreaux, brouillard, pluie, bière, lochs, James Bond, … (les points de suspension visent à remplacer tous les mots ayant un rapport plus ou moins lointain avec l’alcool, les gènes récessifs roux ou la cornemuse) et HIGHLANDS !

Les Highlands, nous y voilà. En admettant que vous n’en ayez jamais entendu parler, faites appel à vos connaissances d’anglais. Je sais, elles sont minimes pour certains, mais ça ne vous dispense pas d’essayer. High signifie hautes, et lands terres, voilà. En faisant un ultime effort de logique, surprise, on trouve Hautes Terres. Oui, on se croirait dans Le Seigneur des Anneaux. Ou Game of Thrones, question de génération.

Si vous vouliez des données géographiques détaillées, j’ai le regret de vous annoncer que c’est trop tard : il fallait consulter Wikipédia ou votre vieux Larousse qui prend la poussière sur l’étagère du salon. Pas d’article encyclopédique ici : je vais faire appel à ma grande expérience de terrain (soit deux voyages dans les Highlands) pour vous présenter rien de moins qu’une sorte de guide (qui se veut être un intermédiaire subtil entre le Routard et le prochain reportage gagnant du Prix Albert-Londres) des Highlands. Mieux que Tintin et qu’Antoine de Maximy réunis, voici donc un aperçu des Hautes Terres par moi-même. Le copyright est en cours de dépot.

Chapitre 1. Dans les Highlands, il y a des montagnes

D’emblée, pas d’énorme surprise : les Highlands sont effectivement caractérisées par leur altitude. Et on ne le sait pas assez, mais c’est en Ecosse que se trouve le plus haut sommet de Grande-Bretagne, le Ben Navis (c’était le point Julien Lepers). Comme il y a un poil plus de montagnes en Ecosse que dans les Monts d’Arrées (ceci est un euphémisme), les gens peuvent faire du ski. Sur les sommets des Highands fleurissent donc non pas des abominables hommes des neiges (roux et sirotant du whisky obviously) mais des remontées mécaniques et des tire-fesses. L’image d’épinal de Braveheart & Co en prend un coup.

Glenfinnan

Glenfinnan

Chapitre 2. Les Highlands (même en été), ce n’est pas la Côte d’Azur ou la Camargue

Quand on pense Highlands, on pense grandes étendues de bruyères / balayées par la pluie  / noyées dans la brume / sur fond de biniou. Deux erreurs ici : de un, le biniou c’est en Bretagne – en Ecosse, on joue de la cornemuse. De deux, il est rare qu’un gusse mélomane fasse le pied de grue au détour d’une colline pour prodiguer une bande-son aux touristes en vadrouille. Après, il est toujours possible de voir avec Europcar pour qu’ils vous louent une voiture avec lecteur-CD, et à condition que vous ayez la chance d’avoir dans votre poche de manteau le dernier album de Tri Yann ou de Nolwenn, vous aurez effectivement un fond sonore. C’est à vous de voir. Pour ce qui est du reste (la lande, la pluie, la brume), tout est vrai. Pour faire concis, l’environnement y est plutôt très très hostile.

Car à la différence des Alpes et des Pyrénées (vous m’excuserez d’avance pour les références géographiques franco-françaises), le climat est rude (ceci est un deuxième euphémisme). (pour la définition du mot « euphémisme », cliquez ici). Pour vous donner une idée de l’estime que les Ecossais ont de leur météo, voici ce que l’on vous répond quand vous demandez quand a lieu l’été en Ecosse : « Oowouuhh, it’s èille wik’ somewherre in’ djun' ». Une semaine quelque part en Juin donc. Assez logiquement, il fait un temps relativement pourri le reste de l’année (soit cinquante-et-une semaines) ce qui – je tiens à le souligner – est quand même assez long. Les Highlands sont donc quasiment-constamment balayées par la pluie, par le vent, par la neige (puisqu’il y a des montagnes, cf. Chapitre 1) et par tout ce que le Bon Dieu a créé d’à la fois mouillé et hostile.

Old Man of Storr - Isle of Skye

Old Man of Storr – Isle of Skye

Chapitre 3. Les Highlands n’ont peut-être pas les atouts de la Camargue, mais elles en ont l’inconvénient

J’ai nommé les midges. Les midges sont une espèce d’insecte inventée tout spécialement pour exaspérer les campeurs. Je n’en ai jamais fait l’expérience moi-même car les bestioles font leur apparition quand il fait chaud (autour de 15°C), or je n’ai pas encore eu la joie d’expérimenter de tels pics de canicule. D’après ce que j’en ai compris cependant, les midges sont des êtres fourbes car plus petits que les moustiques et donc moins repérables, mais au moins aussi agressifs. Ou les Ecossais cachent quelque chose de précieux dans leurs fichues Highlands (une mine de diamant, la bombe atomique, un plan pour conquérir le monde) et ils éloignent les curieux à renfort de météo minable et de moustiques quand la météo est moins minable, ou bien ils n’ont vraiment pas de chance.

Chapitre 4. Avant de louer une voiture chez Europcar pour partir en roadtrip bucolique dans les Highlands, il faut vraiment (serieusement) (pour de vrai) (j’insiste) vérifier son plein d’essence et l’état de ses pneus

Les Highlands ne sont en effet pas la région du monde où la densité de population est la plus élevée. En gros, on penche plus vers la Creuse que vers l’Ile-de-France. Cette comparaison vise à souligner le fait que PRESQUE PERSONNE n’y vit. Vous pourrez rouler des kilomètres sans croiser une maison, une voiture, un joggeur, bref, un quelconque signe de civilisation. Bien sûr, c’est souvent ce que recherchent les gens qui s’y exilent : le calme, le silence, les grands espaces. Pour les agoraphobes, les Highlands sont ce qui doit s’approcher le plus du paradis sur terre. Pour les autres toutefois, ceux à qui l’éloignement fait du bien de temps en temps, mais bon, faut quand même pas que ça dure trop longtemps, le coin peut s’avérer parfois être un chouillas déprimant (troisième euphémisme).

Parlons des villes, par exemple. Il s’agit de trous perdus entre deux lochs plus que de VRAIS  endroits où vivent de VRAIS gens pendant toute l’année. Prenez Spean Bridge. Spean Bridge, charmante petite agglomération écossaise d’on-ne-sait-pas-combien-d’âmes (entre six et cinq cent), est située en bordure de l’A82, la route que prennent les touristes en transhumance vers l’Ile de Skye ou Glencoe. Sur la carte Michelin, c’est un gros point rouge. On se dit « chouette : des gens » ! Et puis on arrive à Spean Bridge, on entre dans la ville en voiture, par la fenêtre on voit le Spar, l’hotel (testé et désapprouvé), le fish & chips, la boutique de souvenirs et oh, ça y est on est déjà sortis. Voilà. C’était Spean Bridge. Prochaine ville : dans cinquante miles.

Glencoe

Glencoe

Chapitre 5. Les Highlands te font aimer les bêtes

Conséquence logique du point précédent, les Highlands ont le don de réunir l’homme et l’animal. Forcément, quand les derniers êtres humains aperçus étaient des touristes français (of course) croisés la veille à la sortie d’une distillerie (of course), l’apparition d’une vache, d’un mouton, et même d’un stupide piaf font naître des sourires sur les visages.

Niveau faune, l’Ecosse en général est plutôt bien pourvue. En ce qui me concerne, je me suis limitée aux grands classiques : hairy cows (les vaches rousses cornues et poilues qui ornent les trois-quarts des cartes postales), cerfs, moutons. Mais apparament, le pays peut réserver des surprises : dauphins, baleines, phoques et même éléphants. Non pour les éléphants c’est pas vrai – c’était juste pour voir si vous suiviez.

Les fameuses Highland Cows / Hairy Cows

Les fameuses Highland Cows / Hairy Cows

Bouchons sur l'Ile de Skye

Bouchons sur l’Ile de Skye

J'tape la pose

J’tape la pose

Animaux d'un autre genre. Désolée, c'était facile.

Animaux d’un autre genre.
Désolée, c’était facile.

Chapitre 6. Les Highlands aiment les clichés – et ils les lui rendent bien

Les Hautes Terres écossaises sont bel et bien le QG de toutes les inepties (qui n’en sont donc pas) que l’on débite à longueur de journée sur l’Ecosse. Oui, il y a des distilleries de whisky remplies de tonneaux comme dans La Part des Anges, de Ken Loach. Oui, on y trouve des châteaux, des tas de châteaux, des en ruines, des tout blancs, des bétonnés, des inhabités, des moches, des au bord des lochs, des fermés pour l’hiver – Pierre Perret quand tu nous tiens. Oui, les routes sont plus empruntées par les troupeaux de moutons que par les véhicules. Oui, plein de films y ont été tournés : Harry Potter, les James Bond, et même le prochain Star Wars à en croire les rumeurs. Oui, les gens y ont un accent un peu moins raffiné qu’à Londres (euphé-quoi ?). Oui, les « restaurants » arrêtent de servir après vingt heures le soir. Oui, les plaines arides succèdent au plaines arides, qui succèdent aux plaines arides, qui succèdent à un loch entouré de plaines arides.

Le château d'Eilean Donan

Le château d’Eilean Donan

Ouais ouais, c'est le pont de Harry Potter !

Ouais ouais, c’est le pont de Harry Potter !

Une distillerie coincée entre deux montagnes.

Une distillerie coincée entre deux montagnes.

Dunvegan Castle - Ile de Skye

Dunvegan Castle – Ile de Skye

Le Fish & Chips de Portree - Ile  de Skye

Le Fish & Chips de Portree – Ile de Skye

Portree - Ile de Skye

Portree – Ile de Skye

Chapitre 7. Les Highlands, terres de légendes (et d’histoires de famille et d’honneur perdu à la mord-moi-le-noeud)

Vous avez un peu en tête le scénar’ de « Plus Belle la Vie » ? Grosso modo, des tas de gens vivent à Marseille, et se rendent compte au fur et à mesure des épisodes que vivre ensemble, c’est compliqué. Même si dans les Highlands, le « ensemble » tend à être une denrée rare (cf. Chapitre sur la densité de population), les rapports entre individus y ont toujours été compliqués, ce qui n’a pas manqué de donner lieu à des tas de légendes que des gens roux et alcoolisés se racontent le soir au coin du feu depuis des générations.

Les légendes, c’est ce qui fait le vrai sel des Highlands. On sait que c’est un peu kitsch, mais on les écoute quand même avec un plaisir d’enfant. Et puis rapidement, on se rend compte qu’elles ne sont pas pour les enfants. Violentes, sanglantes même, impliquant des histoires d’honneur violé, de refus d’hospitalité, d’insulte au clan (oui oui, ils sont assez portés sur la tradition) – elles ont tout ce qui fait, depuis des millénaires, une vraie bonne histoire. En plus trash.

Prenez l’histoire du Clan MacDonald par exemple. Allez les enfants, on s’allonge, on ferme les yeux, et on écoute attentivement. L’histoire s’appelle « Le Massacre de Glencoe », et c’est une histoire vraie ! Il était une fois un clan, les MacDonald, rien à voir avec les fast-food, qui habitait un beau château situé dans la vallée de Glencoe, en plein coeur des Highlands écossaisses. Le 17ème siècle touche à sa fin, et en Ecosse, les gentils Jacobites (des Monsieurs en kilt) combattent les méchants partisans de Guillaume d’Orange (un Monsieur pas gentil du tout qui a volé le trône aux gentils Ecossais). Le clan MacDonald est du côté des gentils (les Jacobites, c’est ça), et Guillaume n’aime pas ça du tout. Il demande donc à l’un de ses méchants partisans, membre du méchant clan des Campbell, oui, le whisky, de faire ce que font tous les méchants : aller tuer les gentils. Monsieur Campbell va donc se promener du côté de Glencoe et fait mine de s’être perdu. Il demande au Clan MacDonald de l’héberger pour un moment, et en vertu de l’hospitalité légendaire des Highlands, les gentils (mais forts naïfs) MacDonald acceptent. Monsieur Campbell prend ses aises, il invite même des soldats de sa garde personnelle à rester au château Mac Donald. Les jours passent, et l’ordre du méchant Guillaume d’Orange tombe : il faut executer tous les MacDonald de moins de soixante-dix ans pour éliminer « racines et branches » (c’est charmant). A cinq heures du matin le lendemain, les hommes de Campbell massacrent leurs hôtes. Quatre-vingt personnes furent assassinées, dont des femmes et des enfants qui essayèrent de fuir dans la montagne et moururent de froid. Ils auraient dû lire mon article, dans les Highlands en février, le fond de l’air est plutôt frais. Morale de l’histoire : trop bons, trop cons. Forcément, les MacDonald ne vécurent pas très heureux et n’eurent pas non plus beaucoup d’enfants.

Glencoe. Pas du tout glauque.

Glencoe. Pas du tout glauque.

Chapitre 7. Les Highlands, pourvoyeuses officielles de fond d’écran

Les Highlands sont violentes, désertes, inquiétantes, ennuyeuses parfois, mystiques quand la brume nappe la bruyère, enflammées quand le soleil innonde les collines – elles sont surtout belles. Et je n’évoque pas Skye, les photos parlent pour elles-mêmes.

Maisons traditionnelles - Ile de Skye

Maisons traditionnelles – Ile de Skye

Ile de Skye

Ile de Skye

The Old Man of Storr - Ile de Skye

The Old Man of Storr – Ile de Skye

The Old Man of Storr - Ile de Skye

The Old Man of Storr – Ile de Skye

Neist Point - Ile of Skye

Neist Point – Ile of Skye

Neist Point - Ile de Skye

Neist Point – Ile de Skye

Publicités

Une réflexion sur “Les Highlands, enfin !

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s