L’indépendance écossaise pour les Nuls

Pas plus tard qu’il y a dix minutes, alors que je marchais vers la biliothèque de l’université, une fille s’est plantée sur mon chemin et m’a fourré un tract dans la main. Elle m’a souri rapidement, m’a lancé un « thanks ! » retentissant et est retournée bloquer leur route à d’autres étudiants effarouchés. J’ai attendu de poser mon sac et de m’asseoir pour jeter un oeil au prospectus. C’était quoi cette fois-ci ? Bal de la business school ? Soirée de soutien aux réfugiés syriens ? Elections étudiantes ? Que nenni : le tract bleu éclatant arborait une photo de jeunes gens radieux brandissant des pancartes estampillées « Great things start with yes ! », « Just say yes », « Nukes ? Gie’s peace ! ». En dessous, une légende clarifiait l’objectif du tract : « What would independance mean for you ? ». Of course. Le référendum sur l’indépendance de l’Ecosse aura lieu dans moins de six mois : il est temps de se faire un avis sur la question.

Si sept mois passés en Ecosse m’ont permis de comprendre un peu mieux les tenants et aboutissants du référendum, j’imagine que pour la majorité d’entre vous, la question est un peu plus obscure. Et je peux difficilement vous en vouloir. Mais voici en quelques points l’occasion de vous rattraper, voici l’article que vous attendiez tous, voici l’indépendance écossaise expliquée aux (grands) enfants. C’est parti mon kiki.

"Z'êtes pour ?" - Ouaip - Nan - P'tet ben qu'oui, p'tet ben qu'non

« Z’êtes pour ? »
– Ouaip
– Nan
– P’tet ben qu’oui, p’tet ben qu’non

 

  1. Les Ecossais, c’est les Britanniques qui sont pas Anglais ?

    Spéciale dédicace à Maelle

Un peu de géographie pour commencer ; « fastoche » me direz-vous. Et bien pas tant que ça ! Depuis mon arrivé en Ecosse l’an dernier, je prête une attention toute particulière aux infos qui concernent mon pays d’adoption et je discute actualité avec mes amis Français éparpillés aux quatre coins du globe. Et l’erreur est la même : toujours, toujours, toujours. Oui, je parle anglais, mais non je ne vis pas en Angleterre. Oui je vis en Ecosse, au Royaume-Uni, en Grande-Bretagne, mais non – pitié non – les habitants de l’Ecosse ne sont pas les Anglais !

Sacré charabia, je suis d’accord. Pour les bons Français que nous sommes (à l’exception de quelques indépendantistes basques ou bretons, naturellement), la question de la nationalité et de l’Etat n’ont jamais été un problème : notre pays est la France, c’est le cas depuis un bon paquet de siècles, point à la ligne. La situation est un tout petit peu différente en Grande-Bretagne, et ce n’est rien de le dire. Je vais essayer de faire clair et concis (« challenge accepted » !).

L’Ecosse
A l’instar de la Bretagne, du PACA ou du Centre, l’Ecosse est une sorte de région au sein d’un plus large pays : la Grande-Bretagne. L’Ecosse est toutefois plus qu’une simple région : les Ecossais quand ils en parlent évoquent un « country ». Au début, je pensais que tous mes interlocuteurs étaient des indépendantistes un peu en avance faisant constamment référence à leur « pays ». (Imaginez que les Bretons se mettent à parler de la Bretagne comme un pays et vous comprendrez ma surprise.) Il s’avère en fait que l’Ecosse est véritablement considérée comme un pays par les Britanniques : le terme country n’est pas un indicateur politique mais un terme objectif. Un peu plus qu’une nation sans Etat, l’Ecosse est donc un pays, doté d’une capitale (Edimbourg), d’un Parlement (le Parlement d’Edimbourg, surprise surprise) et même d’une monnaie (la livre écossaise qui n’est qu’un équivalent local de la livre sterling) émise par la Bank of Scotland. Un peu plus qu’une nation, et un peu plus qu’une région aussi.

Ecossais, et pas Britannique.

Ecossais, et pas Britannique.

L’Angleterre
Passons aux « autres » maintenant, à ceux que d’aucuns ici considèrent comme des ennemis, ou dans une moindre mesure comme des voisins un peu pénibles (du genre à couper la haie de leur côté sans permission ou à passer la tondeuse à 17h le dimanche après-midi) : les Anglais ! L’Angleterre n’est finalement rien de plus ni de moins que l’Ecosse : une région comme une autre en Grande-Bretagne. Comme les autres ou presque. L’Angleterre est la région la plus peuplée, la plus étendue, la plus riche de Grande-Bretagne. Londres est l’une des plus grandes capitales mondiales et la majorité de l’activité économique britannique se concentre donc en Angleterre. D’où le fait que la Grande-Bretagne soit (trop) souvent assimilée à l’Angleterre, et les Britanniques aux Anglais. CQFD.

Elizabeth II au début de son règne - la classe à Dallas

Elizabeth II au début de son règne – la classe à Dallas

La Grande-Bretagne
La Grande-Bretagne, c’est un peu une matriochka dans laquelle on a mis trois billes représentant les trois pays qui forment l’Etat britannique : l’Angleterre, l’Ecosse, le Pays de Galle. Ici quand on en parle, on parle de « Britain », qui attention, ne fait pas référence à la Bretagne (la petite, la meilleure, la mienne) (vous venez d’assister à un instant de fierté régionale) mais à la Grande-Bretagne, sa cousine. Pour les matheux : Angleterre + Ecosse + Pays de Galle = Grande-Bretagne.

 

Le Royaume-Uni
Et l’Irlande du Nord alors, on en fait quoi ? Vous vous souvenez de la matriochka ? Eh bien mettez cette matriochka dans une autre matriochka encore plus grosse, avec une autre petite bille (l’Irlande du Nord). La méga-matriochka qui contient la Grande-Bretagne et l’Irlande du nord, c’est le Royaume-Uni. Le Royaume-Uni c’est donc la Grande-Bretagne, mais en format « familial » si on veut, en y ajoutant la partie de l’Irlande qui n’a pas fait sécession en 1921. Cette super matriochka, c’est l’Etat, c’est the Queen, c’est la livre sterling et ça n’est certainement pas « que » l’Angleterre ! Pour les matheux – Le Retour : Grande-Bretagne + Irlande du Nord = Royaume Uni.

Parce que je sais bien que même avec des poupées russes et des pseudo-formules de maths, la question est loin d’être claire, un petit schéma ne sera pas de trop. Pensez à faire tourner autour de vous. Mention spéciale aux médias qui m’horripilent quand ils parlent d’Angleterre et d’Anglais à tort et à travers. Révisez vos classiques messieurs les journalistes, ça fera du bien à tout le monde.

Schema

  1. Les Ecossais alors, c’est qui ?

La question est moins bête qu’il n’y paraît. L’Ecosse n’étant pas un Etat (j’espère que vous me suivez à ce stade), aucun papier n’atteste qu’une personne née à Glasgow ou Edimbourg soit Ecossaise. Pas trop embêtant jusqu’à présent. Mais comment faire lors de la tenue du prochain référendum pour déterminer qui a le droit de voter ou non ? Qui est Ecossais ? Les roux aux yeux bleus mesurant plus d’1m80 ? Ceux qui peuvent s’enfiler trois pintes de bière à la suite sans sourciller ? Les arrière-petit-fils de Braveheart et de Sean Connery ? Ceux qui connaissent les paroles de « Flowers of Scotland » ? Je plaisante bien sûr, mais il faut comprendre que l’enjeu est de taille : déterminer qui est ou n’est pas Ecossais.

La question a été tranchée : tout individu de plus de seize ans issu du Royaume-Uni, de l’Union Européenne ou d’un pays du Commonwealth et travaillant ou étudiant en Ecosse depuis plus d’un an aura le droit de voter le 18 septembre prochain. Ce que je trouve personnellement très embêtant.

voters

 

1) D’une part, celà signifie que JE pourrais voter si je venais à rester en Ecosse jusqu’en septembre.

 

– je résiderais alors en Ecosse depuis un an presque jour pour jour,

– je suis majeure (et vaccinée)

– je viens de France

Les conditions sont remplies. Pour autant, ma décision serait claire : jamais je n’irais voter. Comment quelqu’un qui réside en Ecosse depuis seulement douze mois (et qui est donc suscpetible de rentrer chez lui dans les mois ou les années qui viennent) peut-il avoir un avis qui pèse autant que celui d’une personne qui a vécu en Ecosse toute sa vie (et dont on suppose qu’elle y restera) ? Je trouve la situation très injuste, et j’espère que les personnes non concernées s’abstiendront de prendre une décision si importante pour les autres. Comme l’a dit un étudiant anglais de mon cours de société et politique écossaise : « Je pourrais aller voter en septembre. Mais je sais que je vivrai en Angleterre plus tard. Alors pour moi, me prononcer sur l’indépendance de l’Ecosse et rentrer en Angleterre, ce serait comme mettre une fille enceinte et prendre la fuite. » En admettant que je puisse mettre une fille enceinte, je n’aurais pas mieux dit moi-même.

2) D’autre part, le problème se pose dans le cas inverse : quid de l’avis des Ecossais qui se sont installés à l’étranger ? La situation est claire : une personne née en Ecosse mais qui a par exemple déménagé à Londres il y a deux ou trois ans ne pourra pas voter. Là encore, la situation est éminément injuste : pourquoi quelqu’un qui a vécu presque toute sa vie en Ecosse mais qui a déménagé (ne serait-ce qu’à la frontière anglo-écossaise !) récemment et qui est susceptible de revenir vivre en Ecosse ne peut-elle pas donner son avis ?

Bien sûr, la situation était compliquée et bien sûr, aucune solution n’était parfaite. Mais je trouve que l’arrangement choisi est vraiment loin de l’être.

  1. Pourquoi est-ce qu’ils veulent l’indépendance au juste ?

Vaste question. J’ai eu la chance de rencontrer récemment un Français élu au Parlement Ecossais et qui milite pour le SNP, le Scottish Nationalist Party (le parti qui mène la campagne du « yes »). Christian Allard est installé depuis trente ans en Ecosse et a été élu au Parlement d’Edimbourg en mai dernier. Au gré de son argumentaire (bien aiguisé, il a beau être fort sympathique, il n’en reste pas moins un homme politique), j’ai tiré deux arguments majeurs qui sous-tendent le reste du débat.

Une question de trajectoire
Je ne vais pas vous faire un cours d’histoire politique en Grande-Bretagne, mais sachez que c’est plutôt rock’n roll. L’Ecosse a été rattachée au reste de l’Etat britannique en 1707 : depuis cette date, le pays n’est plus indépendant et est donc soumis au Parlement de Westminster. Or l’Ecosse avait à ce stade déjà parcouru un bon bout de chemin, elle s’était forgée une identité. Je ne couperai pas aux raccourcis, désolée : les Ecossais tendent à être plus « left-wing » que le reste du pays. Leurs traditions en matière d’éducation, de système de santé, de politiques publiques, etc… les placent à gauche de l’échiquier politique. Ils défendent la gratuité du système de santé, la nationalisation des principaux services publics, la gratuité de l’éducation supérieure… Leurs voisins britanniques en revanche, tendent à prendre la direction opposée. D’où le fait que les Ecossais ont souvent eu l’impression d’être soumis à un gouvernement qu’ils n’avaient effectivement pas plébiscité. Les années Thatcher ont marquée l’apogée de cette divergence entre un exécutif ultra-libéral calqué sur le modèle américain, et une région ouvrière mettant l’équité et la justice sociale au premier rang de ses préoccupations. De Thatcher à Cameron, de la fermeture des mines à la privatisation du Royal Mail, l’Histoire se répète et met en évidence une réalité dure à avaler : l’Ecosse et la Grande-Bretagne ne partagent plus de vision commune de l’avenir.

Fête dans les rues de Glasgow le jour de la mort de Margareth Thatcher. Entre deux bouteilles de champagne, on peut lire des panneaux "La sorcière est morte". Non, les Ecossais ne l'aimaient vraiment, vraiment pas.

Fête dans les rues de Glasgow le jour de la mort de Margareth Thatcher. Entre deux bouteilles de champagne, on peut lire des panneaux « La sorcière est morte ». Non, les Ecossais ne l’aimaient vraiment, vraiment pas.

Comme l’a dit Christian Allard : « Londres (ndlr : la Grande-Bretagne) a choisi de suivre le modèle libéral anglo-saxon. Mais nous, Ecossais, sommes plus proches des pays scandinaves ou de l’Allemagne ».

Une question de ras-le-bol
L’indépendance est bien entendu aussi (et surtout) l’occasion de dire « bye bye » aux Anglais. Ha les Anglais et les Ecossais – c’est une longue histoire. Comme je l’ai déjà expliqué, Londres est le coeur économique et politique du pays, c’est là que les décisions qui concerneront le reste du pays sont prises. Or les Ecossais en ont marre de passer pour les marionnettes de Londres, scandent les indépendantistes. Cette question de trajectoire différente, elle est au coeur du problème : quand les convictions d’une partie du pays sont si différentes, comment accepter les décisions imposées par la capitale ? Les indépendantistes ne parlent pas souvent de « Britain » ou de « United Kingdom » pour faire référence à ce pays qu’ils veulent quitter, non, ils dénoncent les manoeuvres de « Londres » et les ombres qui pèsent à « Westminster ». En d’autres termes, les ennemis sont les Anglais. Dans les décennies qui viennent de s’écouler, les décisions de Londres ont souvent été mal reçues par les Ecossais (cf. la « poll tax »), en particulier durant l’ère Thatcher, qui ont souvent eu l’impression d’être les « cobayes du pays » (terme utilisé par mon professeur de sciences politiques himself). La victimisation (parfois à juste titre, attention) est donc sous-jacente quand les Ecossais parlent des « politiques de Londres », et elle est aujourd’hui allègrement instrumentalisée par les indépendantistes.

"Ici en Angleterre, on est meilleurs que vous. Et on le sait !"

« Ici en Angleterre, on est meilleurs que vous. Et on le sait ! »

 

Pour ceux que ça intéresse, n’hésitez pas à lire le « White Paper » publié par le SNP en novembre dernier. Il existe en version française et présente une bonne vue d’ensemble de la question (nucléaire, livre sterling, union européenne, frais de scolarité, impôts, partage de la dette …).

  1. Le Parlement d’Edimbourg, c’est une légende urbaine ?

Non. Pas de légende urbaine ou de conte au coin du feu : il existe bel et bien. Je peux vous envoyer une photo si vous voulez. Le Parlement Ecossais institué par le référendum de 1997, s’est réuni pour la première fois en 1999. Anecdote intéressante : un discours a été prononcé à l’ouverture de la première séance, et c’est Mme Ewing, la doyenne des députés indépendantistes qui s’y est collée. Au lieu d’un banal « Le Parlement est désormais ouvert », Mme Ewing a lâché un fort polémique « Je déclare le Parlement d’Ecosse ré-ouvert ». En référence bien sûr au Parlement d’Ecosse (alors indépendante) qui avait disparu en 1707 lors de l’annexion de l’Ecosse à la Grande-Bretagne. Hum. Mais revenons-en à nos moutons. A quoi sert le Parlement Ecossais ?

L’Ecosse n’est pas encore indépendante, on l’aura compris. Celà ne signifie pas pour autant qu’elle ne dispose d’aucun degré d’autonomie, bien au contraire. Depuis le début du Xxème siècle, un ministère particulier siège à Londres : le Scottish Office. Assez original car il représente une région et non pas une catégorie de politiques publiques (Economie, Santé, Transports..), le Scottish Office avait pour objectif de représenter les intérêts de l’Ecosse à Londres. Rapidement, les Ecossais ont demandé plus ; c’est l’éternelle histoire du « Donnez leur une main, ils voudront le bras ». Il n’empêche que ça a marché : suite à un référendum polémique dans les années 70 débouchant sur un « non », un nouveau référendum a été organisé en 1997 et a abouti à la création d’un Parlement d’Ecosse.

Le Parlement siège à Edimbourg. Il compte 129 députés élu selon des modalités différentes de Westminster. Il s’inscrit dans une logique de dévolution : le Scotland Act 1998 est le texte de loi qui définit les principes pour lesquels le Parlement d’Edimbourg est compétent. Les pouvoirs non spécifiés reviennent au Parlement de Westminster (politique étrangère, finances publiques, énergie, monnaie…). Le Parlement Ecossais dispose de pouvoirs dans nombre de domaines (éducation, santé, transports, agriculture…) et principalement bien sûr en ce qui concerne la politique domestique écossaise. Un petit pas pour l’Humanité mais un grand pas pour les Ecossais.

Evolution du support pour l'indépendance en fonction des évènements politiques des dernières décennies

Evolution du support pour l’indépendance en fonction des évènements politiques des dernières décennies

 

  1. Est-ce que l’Ecosse peut VRAIMENT être indépendante ? (en gros : ils ont assez de sous ou quoi ?)

Pas facile de se prononcer, car cette question de la viabilité du projet indépendantiste est bien sûr au coeur des débats. D’un côté, les partisans de la « Better Together » campaign (mieux ensemble) critiquent les risques que celà ferait prendre à l’Ecosse. Où le pays trouvera t-il l’argent nécessaire pour financer son indépendance ? L’Ecosse dispose certes de ressources pétrolières considérables en Mer du Nord, mais ces ressources ne sont pas infinies. Le territoire est aussi peu aménagé en dehors des aires urbaines de Glasgow, Edimbourg et Aberdeen : peu de sites productifs, un climat difficile, des réseaux de transports plus que disparates … Les membres de la « Yes ! » campaign leurs rétorquent que l’Ecosse est au contraire pleine de ressources. Non seulement est-elle riche de son pétrole, mais aussi de sa population qui est l’une des mieux formée d’Europe. Le problème souligné par le parti est que nombre de ces jeunes quittent l’Ecosse pour travailler ailleurs (la fameuse fuite des cerveaux). Pour Christian Allard, ce phénomène est tristement compréhensible : « pendant des décennies, on a fait passer l’Ecosse pour un endroit pauvre, reculé, coupé de toute technologie, incapable d’innovation. Les gens ont assimilé ces stéréotypes, ils ont perdu confiance en leur pays ». Faire de l’Ecosse une région économiquement attractive serait donc l’un des principaux challenges d’un nouveau gouvernement écossais. Les indépendantistes arguent aussi du fait que des statistiques récentes révèlent que les Ecossais payent en moyenne plus de taxes que le reste des Britanniques : retour de l’argument victimaire, explication que « au lieu de financer la City et le nucléaire, les Ecossais verront vraiment la couleur de leur argent ».

Aye

 

  1. Les indépendantistes écossais ressemblent-ils aux nationalistes un peu givrés qui mettent des bombes dans les Mac Donald ou dans les aéroports ?

Non, et j’en ai été la première surprise. L’indépendance de l’Ecosse vue depuis la France évoque des soldats en kilts hurlant sur les champs de bataille, des airs de cornemuse patriote et des propos chauvins tenus après quelques drams de whisky. Et bien on a faux sur toute la ligne les amis. Jusqu’à récemment, je portais un regard négatif et un peu sceptique sur la question du nationalisme ; pour moi, le nationalisme est synonyme de repli sur soi, d’exclusion de ceux qui n’appartiennent pas à la nation, de rejet de l’Autre. Avec toutes les dérives que celà implique. Or surprise : les indépendantistes écossais ne sont PAS nationalistes ! Ou du moins pas dans le sens traditionnel du terme : ils ne promeuvent pas une identité écossaise stéréotypée, ils n’exigent pas une appartenance à la nation écossaise (ils récuseraient même presque l’idée de nation écossaise), ils ne se définissent pas par opposition aux autres, ils sont pour le métissage, pour l’équité, pour une version civique et ultra-inclusive du nationalisme : un post-nationalisme grandeur nature, un nationalisme 2.0. Des Bisounours quoi.

– Qui est Ecossais ? ai-je demandé à mon député.

– Mais tout le monde ! Du moins tous ceux qui veulent l’être. Il n’y a pas besoin d’être né en Ecosse, d’avoir des ancêtres écossais, des parents écossais, de parler gaélique pour être Ecossais : il faut le vouloir.

– N’importe qui peut donc se dire Ecossais ?

– Mais bien sûr ! Qui vous en empêcherait ? L’identité aujourd’hui n’est plus une affaire de parents, d’accent ou d’héritage : elle est mouvante, elle est multiple. Être Ecossais n’empêche pas d’être Français, vous voyez bien. Je suis pour une vision cosmopolite, inclusive de l’identité. Le nationalisme « natonaliste » est terminé, le nationalisme que nous défendons est global. Que ceux qui aiment l’Ecosse y viennent.

Des Bisounours utopistes en plus. Mais l’intention est fort louable et aussi très très (très) intéressante. A suivre de près donc. Car qui pourra prétendre à la nationalité écossaise si l’Ecosse venait à voter oui ? Où seront les bisounours du SNP quand il faudra définir les modalités d’accès à la citoyenneté ?

  1. Il y a VRAIMENT des gens qui vont voter oui ?

Oui. Et beaucoup même, à en croire les badges « yes » qui fleurissent aux boutonnières des manteaux (c’est le printemps qu’ils disaient). Dur pour autant de prétendre jouer aux oracles, car en matière de prévisions, le futur est encore très flou. Les sondages succèdent aux sondages, et si les chiffres évoluent, ils diffèrent d’une source à l’autre, penchent dans un sens une semaine, dans l’autre la suivante, sont contestés, instrumentalisés, décriés et utilisés – BREF, on a du mal à les croire. Les tendances générales donnent encore (et toujours) le non en tête des votes, mais le nombre d’indécis diminue et le nombre de oui augmente parallèlement. D’ici septembre, les choses ont encore le temps de changer toutefois. Les Jeux du Commonwealth organisés à Glasgow cet été (le petit frère des JO) sera sûrement une vitrine majeure pour le parti d’Alex Salmond (leader du SNP et Premier Ministre du gouvernement écossais) – beaucoup de choses se passeront sans doute à ce moment là. Et il ne faut pas oublier le rôle des people bien sûr. David Bowie a récemment imploré (par l »intermédiaire de Kate Moss) l’Ecosse de rester en Grande-Bretagne. Sean Connery milite quant à lui depuis longtemps pour l’indépendance. Ziggy Stardust VS James Bond : réponse le 18 septembre.

Sondage

 

 

My name is Bond, et je suis pour l'indépendance. Même si ça implique de porter un kilt.

My name is Bond, et je suis pour l’indépendance. Même si ça implique de porter un kilt.

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Une réflexion sur “L’indépendance écossaise pour les Nuls

  1. Ah magnifique ces jeunes qui partent trouver ailleurs ce qu’ils ont chez eux. Ainsi nous serions tous écossais si nous le voulions mais quid de l’Europe ou même du monde voir de l’univers alors ??? ou alors en Grand Breton tout cela se dit se dit Ecosse..
    Bises d’un père d’une expatriée voyageuse et encore bravo pour ces écrits, c’est un plaisir engendrant des sourires à chaque fois.
    Bonne continuation

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