Come-back du kilt et souvenirs d’Arran

Je crois bien que j’aurais comme des envies que ça recommence.

Trois ans sont passés depuis que j’ai posé pour la première fois le pied en Ecosse. J’y suis restée neuf mois : à peine le temps de valider 60 crédits ECTS et de tomber amoureuse du pays. A mon retour, j’étais heureuse d’avoir vécu de chouettes choses, d’en avoir partagé certaines ici et d’avoir arpenté (quoique trop peu à mon goût) le pays de Nord en Sud et d’Est en Ouest. Ce qui, outre de beaux souvenirs et de magnifiques fonds d’écran, permet de retapisser pour pas cher un mur de votre chambre à l’aide d’une carte routière pas trop vilaine, d’une boîte de punaises, d’une pelote de laine et d’un sens certain de l’équilibre.  Mais passons.

A l’instar du retour, le référendum est arrivé trop vite en me laissant en bouche un goût de trop peu et le 18 septembre restera la journée où une seule question n’a cessé de m’obséder : mais enfin, qu’est-ce que je fabriquais en France ? La réponse à cette question est restée un mystère et j’ai passé le reste de l’année à bouillonner. A bouillonner mais pas que. Dire que ces neuf mois outre-Manche m’ont changée serait sans doute excessif ; j’ai en tout cas probablement laissé là-bas un petit bout de moi (celui qui s’habille bizarrement et qui s’exclame « Oh dear ! » – je ne suis pas certaine qu’il manque à grand monde en fait). L’année post-Ecosse n’a pourtant pas été que celle du Scotland blues (un concept que je réfléchis à déposer) : elle a été l’année où j’ai échangé avec Etienne Duval (l’auteur d’un merveilleux petit livre sur les Ecossais), où j’ai causé pétrole et livre sterling avec un député indépendantiste (qui avait le culot d’être Français), où j’ai fait la rencontre assez exceptionnelle d’un vieux professeur de gaëlique de l’Université d’Edimbourg et professeur de cornemuse qui vivait près de chez moi (incroyable mais vrai) et où j’ai fait (encore plus incroyable mais tout aussi vrai) mes débuts de conférencière. Calmons-nous : il s’agissait de parler de l’avenir de l’Ecosse à une poignée de retraités. Mais tout de même. La patrie de Sean Connery et des scones à la pomme de terre continuait de me hanter. Rassurez-vous : à côté de ça, j’ai continué à m’alimenter, à dormir et à aller en cours. Surtout à m’alimenter en fait.

Quelques mois plus tard, je re-sautai dans un avion direction Edimbourg. C’était en août 2015. Cette fois-là, pas de semaine d’intégration déjantée ou de colocataires narcoleptiques mais un fantastique mois d’août passé à « bénévoler » pour le Fringe, le plus grand festival artistique du monde qui envahit les moindres recoins de la capitale écossaise trois semaines durant, et un non-moins inoubliable « trip » à Arran. Arran, ce petit bout de terre échoué à deux heures de Glasgow. Trois jours durant, je me suis mis en tête d’en faire le tour à coups de bus et de marche à pied. J’ai aussi pris quelques notes. Cela remonte à plus d’un an, mais voilà : je suis retombée aujourd’hui sur mon dossier « Ecosse2015 » au détour d’une opération « nettoyage de disque dur » digne d’un dimanche après-midi pluvieux. Une fois partie… c’était un peu tard.

On dira donc bien ce que l’on voudra mais l’Ecosse, je l’ai dans le ventre.  Et je sens depuis quelques temps une envie démangeante de m’y remettre. La faute peut-être à Nicola Sturgeon ou au Brexit. A défaut de prendre l’avion cette fois-ci, il se pourrait bien que je me contente de partager des bouts de voyages et de pensées, des textes qui causent politique et d’autres qui racontent des vrais gens – de petits morceaux d’Ecosse ramenés des dernières fois ou écrits aujourd’hui, des mots qui parlent de là-bas.

Alors : real come-back du kilt ou vague de nostalgie sans lendemain ? We shall see. Pour ce qui est d’aujourd’hui, je suis excusée : on était dimanche. Et il pleuvait.

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3 Septembre 2015

Corrie, 08h15 – Juste après le premier bus

En descendant du bus n°324, celui qui parcourt le nord de l’île, impossible de ne pas penser que Corrie est l’illustration parfaite du mot « pittoresque ». A Arran, la route longe presque continuellement la mer et celle qui traverse le village de Corrie ne fait pas exception. Derrière les vitres du bus déjà, la vue était imprenable : les rochers battus par les vagues, la mer – houleuse et vert-de-gris ce matin – et puis le mainland montagneux que l’on distingue au loin. A quelques mètres de l’arrêt de bus se trouve un banc isolé orné d’une plaque commémorative : « En mémoire de Jeannette qui aimait s’asseoir ici pour admirer la vue ». Qui qu’ait été Jeannette, on aurait forcément été d’accord avec elle. De l’autre côté de la route, faisant face aux vagues avec un aplomb tout écossais se trouve une rangée de maisons blanches qui s’égrènent comme un collier de perles sur un ou deux kilomètres. Derrière les rideaux et les vitres teintées des bow-windows on devine plus qu’on ne voit vraiment les regards discrets de certains habitants qui cherchent probablement à se distraire un peu de leur vue sur la mer – aussi belle soit-elle. A Arran, la population passe de 25 000 habitants l’été à un peu moins de 5 000 hors-saison.

En attendant le bus suivant, on s’aventure jusqu’au « Village hall », la salle des fêtes de Corrie et de Sannox, le prochain village qui se trouve à une poignée de miles de là. Intercalée entre deux grosses perles, c’est une bâtisse sombre et austère aux faux airs de chalet. Le panneau d’affichage qui se trouve près de l’entrée est bariolé d’affichettes un peu délavées qui dévoilent le programme des activités de l’été : soirées bingo et cours de danse écossaise en août. Bon.

Une bourrasque salée venue du large s’engouffre soudain sur la route pour rafraîchir le village de quelques degrés – on frissonne en jetant un coup d’œil à sa montre. Et puis on se souvient que l’on est à Arran et que, quelle que soit l’heure, le prochain bus passera quand il passera. Ici, qu’importent les heures et les minutes : seuls comptent les ferries et les bus. C’est le matin, il fait froid, et à la question : « Quelle heure est-il ? », on dira qu’ « il est un tout petit peu avant le deuxième 324 ».

 

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Le Village Hall de Corrie & Sannox

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A bord du ferry

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Les « 12 apôtres » de Catacol : une rangée de douze maisons blanches qui font face à la mer

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