Auld Alliance – Le Retour

Comme je suis une personne prévisible et que j’aime bien les anecdotes, je vais commencer cet article en vous racontant une anecdote. Les Shadocks ne sont pas loin, je sais. Passons.

P1120382

  •  Le nom des gens

Mon histoire commence un mardi soir, alors que je suis assise dans une salle de cinéma. Classique. Autour de mois, des tas et des tas de mamies permanentées tout droit sorties de leur foyer logement de vieilles riches. Ca jacasse en français. « Mais vous savez, j’ai déménagé à Edimbourg en 1968. Et c’est là que j’ai rencontré Stuart ». Ca rit poliment, et ça fait des « tssssss » très franco-froggies. Si l’on tend l’oreille, on parvient à distinguer une voix singulière chantant les qualités d’une salade de fruit « jolie jolie jolie ». Un homme entre alors dans la salle et annonce que « unfotunateuli, ze layte is bwokeune, ainejoille youre mouvie aul ze sayme ! ». Il s’éclispe, moi et les trente autres mamies qui m’entourent sommes soudainement plongées dans le noir, et le générique de « Pathé » s’affiche à l’écran.

Non, nous ne sommes pas revenus dans les années 60. Nous ne sommes pas non plus plongés en plein cauchemar à tendance gérontophile. Nous sommes pour être exacts à Edimbourg en 2014, et cette anecdote vise à illustrer le potentiel comiquo-anachronique d’une institution singulière : les Instituts Français.

Aller voir un film FRANCAIS dans un Institut FRANCAIS alors qu’on est en 3A en Ecosse peut avoir des faux airs d’hérésie, je vous l’accorde. Après cinq mois de vie Edimbourgeoise aux ardentes couleurs de l’Irn Bru et aux relents de haggis, on peut pourtant miser sur le mal du pays : la pauvre Alice est nostalgique et se fait des piqures de rappel en filant chez les Frenchies en loucedé. La vérité, c’est que les occasions de vivre à la mode française sont si nombreuses qu’après quelques mois, resister devient difficile. Les Français à Edimbourg sont en effet pires que les crottes de pigeon sur les trottoirs parisiens ou que les pintes de bière vides sur les comptoirs écossais : ils sont littéralement partout.

P1120093

 Vieux traités et invasion frenchie

 Mais (re)commençons par le commencement : la Auld Alliance évoquée dans le titre. Kézako ? A en croire Wikipédia (et admettons qu’on les croie pour cette fois-ci), le terme désigne « l’alliance entre les royaumes de France, d’Écosse et de Norvège contre l’Angleterre. La Norvège n’y fit jamais référence, mais si cette alliance se termina officiellement en 1560 avec le traité d’Édimbourg, elle constitue la base des relations franco-écossaises de 1295 à 1903. » Mouais. Pour faire simple et concret, la Auld Alliance est un traité aujourd’hui révoqué qui a uni la France et l’Ecosse pendant près de sept siècles. Et ça n’était pas rien : jusqu’en 1903, les Français ou les Ecossais vivant sur le territoire des alliés pouvaient acquérir d’emblée la double nationalité – pratique ! Bien sûr, le fait qu’il n’existe plus de nationalité écossaise depuis 1707 (date à la laquelle l’Ecosse a été rattachée à ce qui deviendra la Grande-Bretagne) a dû un peu compliquer les choses…

 Toujours est-il que pour un Français en vadrouille en Ecosse, les traces de cette « Vieille Alliance » sont omniprésentes. Un pub sur deux (j’exagère pour les besoins de l’article, mais seulement un peu) est originalement baptisé « Auld Alliance ». Les drapeaux français fleurissent au devant des boutiques et des bars. Les restaurants / cafés / boulangeries bleu-blanc-rouge sont présents à tous les coins de rue, avec des cartes contenant – ô surprise – les sempiternelles grenouilles et escargots qu’aucun Français normalement constitué n’a jamais ingéré de sa vie. Sauf peut-être à l’occasion d’un pari j’imagine. Ca leur apprendra. Outre la gastronomie, la France se manifeste aussi par la voix de la musique : il n’est pas rare d’entendre la Môme chantonner dans les boutiques, voire de découvrir qu’un DJ Glaswegian fait des remix de Françoise Hardy et Jacques Dutronc (!). La vie est décidément pleine de surprises. (+1 point à ceux qui auront remarqué le splendide jeu de mot de la ligne précédente) . Parfois, tout ce qu’on déteste en France semble avoir aussi traversé la Manche, embarquant illégalement dans le même ferry que Françoise, Jacques, les mollusques et les batraciens. J’ai nommé les Parisiens. Cette remarque peut avoir des accents d’anti-parisianisme primaire, mais reconnaissez quand même le caractère dramatique d’une conversation avec un Français qui, quand il comprend que l’on ne s’apprête pas à dire « Paris » mais « Rennes » après qu’il nous ait demandé d’où l’on vient, nous coupe pour lancer un « Ha ouais, la province quoi ». Entendre parler de province en Ecosse – on rêve …

P1120091

  • L’élégance à la Française

 Les Français à Edimbourg, au-delà des images d’Epinal (Piaf à la radio et les camions de galettes bretonnes place du marché, les Parisiens insupportables), c’est aussi et surtout l’impression terrible de ne pas être complètement intégrée. Rien de pire quand on vit dans une ville étrangère depuis des mois que d’entendre derrière soi dans la rue un « Rhoooo, c’est aussi crade qu’à Paris ici ». J’aimerais avoir le culot de me retourner pour demander aux touristes pourquoi ils ont pris la peine de venir jusqu’en Ecosse. Pour moi, c’est un cauchemar : aux yeux des Ecossais, moi, l’étudiante  française, je suis comme eux, les touristes râleurs, et je ne vaux par conséquent pas mieux. Non, la légendaire mauvaise humeur des Gaulois n’est pas « que » légendaire. Marcher le long du Royal Mile, c’est s’exposer à des remarques exaspérantes sur la météo (« minable ») ou sur les magasins de souvenirs (« des attrape-touristes à la con » – dont ceux qui le disent en sortent souvent). En surprenant ces commentaires, toujours proférés très fort comme si personne ne pouvait les comprendre, ce qui est plutôt drôle au vu de la quantité de compatriotes qui arpentent quotidiennement les rues de la capitale, j’ai parfois honte d’être Française.

Bien sûr, il faut voir le bon côté des choses. Plus d’une fois, j’ai eu droit à des remarques et à des interpellations dans la langue de Molière, avec sur le visage de celui ou celle qui les prononçait, un sourire goguenard vaguement supérieur. Là c’est le pied : leur répondre en français et voir la surprise se mêler à la culpabilité vaut franchement le coup. Nous avons ainsi été invitées par un groupe de vieux beaufs tout juste sortis de discothèque à «Rentrer avec nous, hein les minettes ! ». « Oh non merci, on n’aime autant pas ! ». Coups d’oeil à droite, coups d’oeil à gauche : m****, elles parlent français. Eh oui, c’est un peu la magie d’Edimbourg !

Publicités

Un Noël pas comme les autres

 ________________________________________________
 « Un Noël pas comme les autres ». Oui, ce titre est très plat. On l’imagine parfaitement sur la couverture d’un album des Aventures de Martine. Martine rencontrerait le Père Noël, elle le suivrait au Pôle Nord, ferait copain-copine avec les rennes et les lutins avant de se réveiller et de se rendre compte qu’il s’agissait d’un rêve. Attention : je ne m’apprête pas à vous conter ma rencontre avec Santa Claus himself ni mes séances de rodéo à dos de caribou – je laisse ça aux Martine. Malgré l’absence dramatique de traîneau et de bonhomme en rouge dans cet article consacré à Noël, j’ose néanmoins espérer qu’il vous plaira. Et que vous le trouverez même plus intéressant que les péripéties débiles d’une gamine insupportable en vacances à la ferme ou à la montagne.
Mais je suis peut-être prétentieuse.
 ________________________________________________

P1130582
« Rien n’est si engageant que le dépaysement » – Marie Desplechin. Typique phrase d’accroche d’une mauvaise dissertation de français en classe de première. Pourtant, elle est vraie cette phrase. Très vraie même : qu’est-ce qui nous pousserait à vouloir toujours partir plus loin si ce n’est la quête de dépaysement ? Le dépaysement on en tombe amoureux quand on arrive dans un nouvel endroit, quand on fait de nouvelles expériences, quand on rencontre de nouvelles personnes. Et puis un jour, ça fait quatre mois. Quatre mois, seize semaines, une grosse centaine de jours. Et c’est Noël. On avait voulu rester, faire la courageuse alors que tout le monde rentrait, on avait envie de voir « comment c’était là-bas ». Et puis l’occasion était trop belle. Le dépaysement : c’est ce qui m’a poussé à passer un Noël pas comme les autres, à la fois chez moi et loin des miens.

 Pour faire court, j’ai passé les soirées du 25 et du 25 décembre en compagnie d’autres étudiants étrangers (oui oui, les fameux « Asiatiques-pour-qui-la-dinde-et-le-foie-gras-ne-sont-qu’un-lointain-concept ») restés à Edimbourg pour les fêtes. Et j’ai été invitée par un couple de retraités édimbourgeois à déjeuner le 25 décembre. Rassurez-vous : j’ai survécu. Et j’ai même appris un sacré paquet de choses.

24 décembre, 20h00
Relativiser

Noël loin de sa famille, c’est se retrouver dans des situations parfois délicates. Entendre pour la cinquantième fois de la journée Michael Bublé grésiller « Santa Claus is coming to town » dans le poste radio de la cuisine. Suivi d’une publicité criarde vantant les mérites des dindes Tesco. Se battre, à deux heures du matin, avec des cintres, une lampe et une guirlande verte parce qu’acheter un sapin de Noël à vingt euros c’est cher, et puis le système D, c’est bien aussi non ? Râler quand il neige. Alors forcément, on attend du réveillon qu’il soit à la hauteur.

Pour la soirée du 24, la seule amie que je connaissais à Edimbourg (la ville ayant été désertée pour les fêtes) avait prévu d’organiser un repas dans sa cité universitaire. L’idée était que chacun amène quelque chose à manger, et elle et moi nous étions lancées dans une opération toasts / bûche, très franco-française. A vingt heures, on était prêtes, et on a passé la porte de la salle commune. Là, on est tombées nez-à-nez avec dix Asiatiques, deux ou trois packs de bière et une pile de boîtes Domino’s Pizza. Directement on s’est regardées, on n’a rien dit, mais on s’est toutes les deux dit silencieusement qu’elle était très loin, la France. Désillusion. Et puis au final la pizza était bonne, les toasts et la bûche encore plus, et la soirée géniale. Pas très orthodoxe pour Noël, peut-être. Mais on a quand même remis ça le soir d’après.

1536559_10152167032075229_44279338_n

25 décembre, 12h30
Ne pas sous-estimer le patrimoine écossais : le curling

Kenn et Margaret sont le couple d’Ecossais qui m’a contacté début décembre pour me proposer de déjeuner ensemble le 25 décembre. Une démarche que je trouve tout simplement géniale, mais qui, au matin du D-Day a commencé a m’angoisser un peu. Je m’apprêtais à aller déjeuner avec deux papy-mamie dans un restaurant huppé (Margaret m’avait dit au téléphone : « no jeans ») pour le jour de Noël. Et si nous n’avions rien à nous dire ? Et s’ils avaient un énorme accent ? Et si je n’avais rien compris au téléphone, et que je me retrouvais habillée comme pour un mariage à la pizzeria du coin ? Quand le taxi est arrivé à ma porte, Kenn est sorti m’ouvrir la porte en gentlman qu’il était, Margaret a engagé la conversation, et j’ai su que j’allais passer une très bonne journée.

Curling
Ils se sont rapidement présentés, avant de me dire qu’un couple d’amis, Ann et Jim, nous retrouverait au restaurant. Ann est professeure d’EPS à la retraite , et Jim un professeur lui aussi retraité et fan de curling. Le curling est un sport que je rechigne encore à qualifier de sport – je le fais devant les Ecossais pour ne pas les froisser outre-mesure, mais j’avoue que ça me coûte – qui consiste à jeter sur une surface glacée une grosse pierre bleue ou rouge taillée en forme de palet dans l’espoir qu’elle glisse jusqu’au centre de la cible destinée au sol. Un peu des fléchettes à l’horizontal si vous voulez, mais sans fléchettes, et avec beaucoup, beaucoup de glace. Ajoutez au tableau une équipe de balayeurs professionnels chargés de frotter la glace pour diriger la pierre, et vous obtenez un « sport » à fort potentiel de rigolade. Jim est donc un fondu de curling. Pour moi, le curling fait partie de cette catégorie étrange et lointaine de sports canadiens, ceux que Robin de HIMYM ne peut pas pratiquer sans que Ted, Barney, Lily et Marshall n’éclatent de rire. Le hockey sur glace fait partie du lot. « Donc le curling, c’est ce sport canadien c’est bien ça ? » je demande innocemment à Kenn pour être sûre de bien cerner la chose. Et le voilà qui manque de s’étouffer dans son bouc (qu’il a d’ailleurs fort long). Alors que je ne suis montée dans le taxi que depuis cinq minutes, il m’explique que si je veux éviter de me retrouver avec une fourchette plantée dans la main avant la fin du repas, je ferais mieux de ne pas tout mélanger. « For Christ sake, curling’s a Scottish sport Alice ! ». J’en ai pris note.

 Quelques jours plus tard
Ne pas sous-estimer le patrimoine écossais II : Dundee

J’ai récidivé un peu plus tard (pas avec les mêmes personnes, je vous rassure, il ne s’agirait pas de laisser penser aux Ecossais que les Français sont un peuple d’incultes), dans la catégorie « géographie » cette fois. Mon Dieu, cette rubrique commence à avoir de sérieux airs de Trivial Pursuit. Si vous jetez un coup d’oeil à une carte de l’Ecosse (on s’occupe comme on peut), vous pourrez constater que Glasgow et Edinburgh ne sont pas les deux seules villes de plus de mille habitants que compte l’Ecosse – surprise ! L’Ecosse peut se targuer d’avoir Aberdeen et Inverness à son palmarès, mais aussi Perth et Dundee. Ha l’humour écossais. « Perth et Dundee ! Alors vous voulez vraiment faire croire qu’il fait beau et chaud dans votre pays, donc vous donnez des noms australiens à vos villes, c’est ça ?! » je me suis exclamée. Il faut comprendre que j’avais en tête l’image culte du type blond coiffé de son chapeau et qui tient entre ses deux bras d’Australien basané tout droit sorti de l’outback une grosse tête de crocodile – Crocodile Dundee pour ne pas le nommer. J’étais à des années lumières de Dundee, port industriel pluvieux où les crocos ne sont pas légion, il faut le reconnaître. L’Ecossaise à qui je m’adressais m’a jeté un regard désolé : « So you really think that THEIR Dundee was named before OUR Dundee ? You’ve already heard about emigration or what ? ». Depuis j’ai bossé ma géographie. La diaspora écossaise est très présente en Argentine (la communauté portena qui parle gaélique), au Canada (le curling) et en Australie (Perth et Dundee donc). Autant pour moi.

2818_4bc927f9017a3c57fe0102b9_1293128940

 25 décembre, 15h00
Rire aux blagues sur Alzheimer

La tablée que Ann, Margaret, Jim, Kenn et moi formions était pour le moins originale. Je sentais les regards attendris des serveurs qui s’imaginaient sûrement que je sortais mes grand-parents au restaurant. Des grand-parents coriaces et plutôt drôles finalement. Kenn s’apprêtait à nous raconter une anecdote, et il a commencé en disant « Je me souviens, quand j’étais jeune … Haaa non. Il faut que j’arrête de dire ça, ça fait vraiment vieux con, sorry guys. » Et sa chère et tendre de lui rétorquer d’une voix sucrée « Tu sais mon chéri, tu devrais profiter de ça, pouvoir dire « Je me souviens », ça ne durera peut-être pas ! ». Et la tablée de septuagénaires de se gondoler en tapant des poings sur la table.

 25 décembre, 16h00
Se faire vanner par un Ecossais de soixante-dix ans

Un peu plus tard, alors que nous avions fini les entrées et le plat (et ça ne rigolait pas : saumon, caviar, homard, etc) est venu le moment que j’attendais depuis le début du repas : le fromage. Le restaurant avait amménagé une grande salle et y avait installé un buffet pour le repas du 25. Les hors d’oeuvre, entrées, plats, desserts, fromages, soupes, etc étaient disposés le long des murs, et libres à nous de nous lever pour aller nous servir. Un sadique qui savait sûrement que j’étais française avait disposé notre table à quelques mètres seulement d’une grande pyramide de fromages. On se moque beaucoup des Français obsédés par leur bouteille de rouge, leur baguette et leur fromage qui sent les pieds – mais je vous assure qu’après quelques mois à manger du cheddar, la vision de fromage de chèvre, de bleu, de pain, de confitures de cerise ou de figue était ce qui s’approchait le plus pour moi d’un cadeau de Noël. Sitôt le plat fini, je me suis donc hâtée d’aller chercher méthodiquement un échantillon de tous les fromages présentés sur la table. En revenant m’asseoir, j’ai constaté que tout le monde était directement passé au dessert. Un peu coupable, j’ai mangé mon fromage sans faire d’esbrouffe et je suis allée chercher mon dessert. En revenant : nouvelle surprise. Les assiettes de mes acolytes écossais étaient pleines de fromage !
– What’s going on ? Why didn’t you eat your cheese before ?! , je leur ai demandé, estomaquée.
– Mais Alice, en Grande-Bretagne, on mange toujours son fromage après le dessert voyons !, m’ont-ils répondu.
– Mais… Mais ce n’est pas comme ça qu’il faut le manger ! j’ai rétorqué en rigolant franchement, espérant leur donner une fois pour toute une leçon de savoir-vivre à la française. Vous savez que c’est vraiment très bizarre pour moi de vous voir faire ça …
– Tu sais Alice, m’a alors dit Kenn, nous on a trouvé ça bizarre que tu manges ton fromage avant. Et pourtant, on t’a laissé ton assiette.
Il m’a souri, il a mis dans sa bouche un bout de fromage de chèvre et il a bu une grande gorgée de café au lait. Je n’ai pas pu retenir ma grimace, et ils ont éclaté de rire. Ces gens sont définitivement différents.

 25 décembre, 18h00
Comprendre que le kilt est bien plus qu’une affaire de fringue

Kenn et Margaret m’ont invité à venir boire le thé chez eux après le restaurant. Une heure après être arrivés, on en était au stade où mes hôtes me montraient les photos du mariage de leur fille. Presque sans surprise, j’ai constaté que la majorité des hommes présents à la cérémonie avait décidé de bouder le pantalon au profit du tradutionnel kilt. Margaret m’a expliqué qu’aujourd’hui encore, un très grand nombre de mariage en Ecosse sont célébrés en kilt. Pour me venger du coup du fromage, je décide de les taquiner un peu. « Et sinon … Vous saviez que le kilt a été inventé par un Anglais ? ». Sur le coup, ça a été « Le-curling-est-un-sport-canadien » Le Retour : Kenn s’est levé, a pris un air furieux (on était pas très loin de Braveheart) et m’a montré la porte en s’exclamant « Get out of my house right now ! ». Il n’était bien sûr pas vraiment en colère, mais quand même bien remonté. « Who on earth told you that ? ». Je lui ai expliqué que dans le cadre de mes cours de culture celtique, nous avions eu un cours sur le tartan. La professeure nous avait assuré que le kilt court que nous connaissons aujourd’hui est le produit de l’imagination d’un voyageur Anglais. Ce à quoi Kenn m’a lancé un peu élégant « Bullshit ! ». A suivi une discussion enflammée, où mes hôtes ont élaboré plusieurs théories concernant ma prof de culture celtique :
1) Elle était anglaise,
2) Pire : elle était américaine,
3) Elle avait été achetée par les universités anglaises d’Oxbridge pour faire de la propagande pro-English en Ecosse.
Dans tous les cas, je ne devais pas la croire. Jim m’a conseillé de vérifier la véracité du reste de mon cours, parce qu’avec des gens comme ça « who knows ? « . Quand je dis qu’on ne rigole pas avec le kilt.

P1130793 - Copie

 31 décembre, 1h00
Respecter la tradition

Mes aventures avec le kilt ne s’arrêtent pas là. Toujours dans la rubrique « chiffon », je me dois de préciser qu’une amie (Marion pour ne pas la citer) a mené une enquête très rigoureuse et pointue le soir du Nouvel An. Le port du kilt est en effet un must pour les hommes lors de Hogmanay, le réveillon en écossais. En véritable anthropologue, elle a inlassablement interrogé tous les gentlemen enjupés qu’elle a pu croiser dans l’espoir de pouvoir ENFIN répondre à cette question : mais que portent-ils vraiment sous leur kilt ? Eh bien il s’avère, sans trop de surprise, que ces messieurs sont très majoritairement fidèles à la tradition. Sur un échantillon de près de soixante individus, seule une dizaine a avoué avoir commis le sacrilège du slip, parce que « It’s freakin’ cold out here ! ». Et qui peut leur jeter la pierre … ? Une majorité des personnes interrogées a aussi tenu à prouver la véracité de ses propos en faisant voler la jupette. Et il faut reconaître que « Sous les jupes des filles » en Ecosse, c’est quand même moins romantique.

Christmas is coming !

1452113_10152127180466654_267474216_n

Noël en novembre, vacances d’été en mars ?

Dimanche dernier à seize heures, George Street était bondée. Pas de manifs (en même temps il faut être réaliste : on est en Grande-Bretagne), pas d’embouteillages, pas de concert … mais une densité de moutards au mètre carré proprement effarante. Dissimulés sous quarante épaisseurs de couverture polaire dans les poussettes, perchés sur les épaules de Papa, affalés par terre après une tentative un peu trop téméraire de monter sur le trottoir – ils étaient PARTOUT ! Raison de l’invasion ? Noël. Oui oui, vous avez bien lu. En ce dimanche 24 novembre, les Edimbourgeois ouvraient officiellement les hostilités : début des illuminations, lancement du marché de Noël, chorales de Noël à tire-larigot, feux d’artifice (of course), le tout ponctué d’un « Merry Christmas everyone ! » de la présentatrice. Un peu précoce quand même.

 En même temps, ça nous tournait autour depuis un moment. Catalogues fourrés dans les boîtes aux lettres début octobre. Papas Noël dans les vitrines des boutiques – sans transition après les zombies d’Halloween (allez expliquer ça aux enfants après). Pulls hideux à tête de renne fièrement arborés par les jeunes autochtones en boite de nuit. Pubs à gogo à la télé et sur Youtube (avec l’innénarable combo « Michael Bublé / neige / marrons »). Rayons des supermarchés squattés par des dindes mutantes de dix kilos. Ambiance. Présenté comme ça, ça fait too much, je vous l’accorde. Mais Edimbourg le vaut bien ! Récemment classée par CNN dans le Top 10 des villes où il faut passer Noël, elle sort le grand jeu – un mois trop tôt s’il le faut !

L'intérieur du "Dome", une ancienne banque de New Town reconvertie en restaurant ultra-huppé. Les Galeries Lafayette parisiennes n'ont qu'à bien se tenir !

L’intérieur du « Dome », une ancienne banque de New Town reconvertie en restaurant ultra-huppé. Les Galeries Lafayette parisiennes n’ont qu’à bien se tenir !

L’Allemagne pour les Nuls

 Et pourtant, contre toute attente, je pars demain m’exiler chez les Teutons pendant deux semaines. Le fait que je voyage passe encore, je reste même carrément modeste dans la catégorie. Et justement : « Pourquoi l’Allemagne en fait, je comprends pas ? » me direz-vous. Oui, il y a plus exotique. Et non, les saucisses ne représentent pas l’apogée de ce qui se fait en matière de bouffe. Je le reconnais. Mais une légère envie de vous répondre « Scheisse. Parce que » me démange, je le reconnais aussi. Zut à la fin, c’est chouette l’Allemagne !

 En Allemagne pour commencer, il y a les vrais marchés de Noël – pas les ersatz d’attrape-couillons qui prétendent être traditionnels tout en essayant de vous refourguer du vin chaud « traditionnel » à £4 le gobelet. L’arnaque, elle est traditionnelle aussi ? (j’en profite pour ajouter que les British sont des gens sans pitié qui font du cidre chaud. Si si.) Bon, je ne suis pas non plus naïve au point de croire que les Allemands n’essaient pas d’arnaquer les touristes. Mais vu le peu qui viennent les voir, ils feraient mieux de les choyer. Bref. Outre les marchés de Noël, les Teutons ont aussi des villes pas trop mal : Munich, Nüremberg, Ausburg, Salzburg (ouiii, je sais, c’est pas en Allemagne, n’empêche qu’on y va quand même d’abord) et encore plein d’autres dont les noms sont illisibles. L’occasion de faire un peu de tourisme entre les marchés de Noël quoi.

Autre gros avantage des Allemands : eh bien ils parlent allemands ! J’enfonce peut-être des portes ouvertes (ah M. Garet), mais c’est plutôt chouette sachant que j’apprend l’allemand depuis deux mois. Je devrais plutôt dire que je galère depuis dix longues semaines à essayer de parler une langue qui est un mélange raté de latin, d’anglais, de hollandais et d’au moins deux ou trois autres langues à la con. Oui, c’est pas gagné. Toujours est-il qu’à défaut de pouvoir causer charcuterie des heures durant avec un compatriote de Goethe portant salopette und chapeau bavarois, je pourrais au moins être polie. Je sais aussi dire l’heure. Mein Gott – je suis presque bilingue.

Marché de Noël d'Edimbourg - un petit air d'Allemagne avant l'heure ...

Marché de Noël d’Edimbourg – un petit air d’Allemagne avant l’heure …

Rencontres fortuites

Ce qui est aussi assez chouette au sujet de l’Allemagne, c’est que Lyndsay et moi on compte y faire du couchsurfing. Pour les incultes (ou les lecteurs de la génération précédente, restons corrects) qui ignorent ce qu’est le couchsurfing, j’en appelle à vos souvenirs de cours d’anglais. Mais si vous y avez appris des choses en dehors de « My tailor is rich » (ou « Where is Brian ? » pour les jeunes incultes) : couch, c’est canapé et surfing, eh bien c’est surfer, surprise surprise. Le couchsurfing consiste donc à squatter les canap’ / matelas gonflables / clic-clacs / tapis de gym / paillassons qu’un gusse à l’autre bout de la planète (ou en Allemagne en l’occurrence) aura daigné vous prêter gratos. Un peu de l’autostop version maison quoi. Bien sûûûr on fait attention Maman – même si techniquement on dort chez des inconnus. Pour autant, il ne s’agit pas de se la jouer Antoine de Maximy en mode « J’irai dormir chez vous ». Et on ne sera pas non plus en Colombie, en Afrique du Sud ou au Liban. Pour le moment, on n’a pas encore reçu de réponse positive mais on continue à croiser les doigts – affaire à suivre !

 Dans la série « Alice à la rencontre d’inconnus », je ne m’arrête pas là puisque je viens de trouver une famille d’Edimbourgeois avec qui passer la journée du 25 décembre ! Présenté de la sorte, ça fait complètement pitié – on dirait un remake raté de « Rémi sans famille ». Mais il faut dire ce qui est : je passe effectivement les vacances de Noël en Ecosse. Comme l’université prend soir de ses étudiants – à la petite exception des fois où elle laisse sur le carreau ce qui arrivent pour le semestre et cherchent un logement – elle propose d’en caser certains pour les fêtes. « Allez allez, il est beau mon étudiant étranger ! ». Gentil comme attention quand même. Je n’ai pas eu de nouvelles jusqu’à dernièrement, et je me résignais donc à l’idée de passer Noël à bosser chez Domino’s Pizzas / seule à chanter « All by myself » / avec un tas d’étudiants asiatiques (ils pullulent dans le coin) pour qui la dinde aux marrons et le foie gras ne sont que de très lointains concepts. Mais aujourd’hui : mail de la fac ! Un couple d’elderlies cherche à partager le repas du 25 avec un(e) étudiant(e) étranger(e) en détresse – Bibi donc.

 La nana de la fac qui m’a contactée m’a d’abord dit que le couple n’utilisait pas de mails. Là, je me suis rappelé que « elderlies » voulait dire personnes âgées et pas juste retraités. Quand je lui ai dit que je n’étais pas encore très à l’aise au téléphone mais qu’un coup de fil ferait quand même l’affaire, elle a ajouté qu’ils m’enverront sûrement « une lettre de toute façon ». OK. Je vais donc manger avec des tricentenaires écossais ! (J’ai conscience de passer pour une sale ingrate. En vrai, je suis super contente. Tant qu’ils me tiennent loin de leurs dentiers, tout ira bien.)

 Christmas is coming donc ! Les voyages aussi, et les rencontres avec … Avant de m’envoler pour Munich, je conclue cet article … à l’écossaise : Joyeux Noël à tous !

P1130067

P1130053

P1130061

Becoming Scottish

 

Un peu de clichés pour bien commencer.

Un peu de clichés pour bien commencer.

 

L’autre jour, alors que – engoncée dans mon manteau et les mains fourrées au fond des poches – je zigzagais entre les plaques de verglas, j’ai soudainement pris conscience de l’étrangeté de la situation. Il était vingt heures, la nuit était tombée depuis longtemps, il faisait un froid de canard et j’étais en route pour acheter … des glaces. Oui oui, des glaces. Holy sh**. Voilà que je devenais écossaise.

 

Un peu d’anthropologie
Les Scottish, comme on sait, sont une peuplade aux moeurs étranges. Même si au premier abord, d’aucuns trouvent qu’ils ne nous sont en rien différents (à quelques spécimens rouquins près), ne vous méprenez pas : ces gens-là ne sont pas comme nous. Une de leur caractéristique consiste ainsi à manger des glaces tout au long de l’année. Assez anecdotique à priori. Carrément flippant par contre quand, alors que le thermomètre indique difficilement plus de zéro, on passe devant un glacier pour constater avec effroi que la boutique est pleine ! Masochistes les Ecossais ? Je dirais plutôt provocateurs, façon « Eh oui, il faut peut-être froid dans notre pays, mais ça ne nous empêche pas de faire comme les Italiens, et toc ! ». A trente degrés près, leur raisonnement tient la route. Notez que l’amour des Ecossais pour la gastronomie italienne ne s’arrête pas aux gelatti : ils sont aussi de grands fans de pizzas. Qu’ils n’hésitent pas à destiner au même sort que leurs fish and chips : direction le bac à friture. Les « pizzas supper » (pizzas plongées dans de la pâte à beignet puis frites) ou quand l’élève dépasse le maître. Probable que les Italiens y réfléchiront à deux fois quand il s’agira de refiler un autre monument de leur patrimoine culinaire (genre le tiramisu) aux Ecossais.

 

Des loisirs peu communs
Outre une passion aussi immodérée qu’incompréhensible des tribus Scots pour la glace, d’autres éléments peuvent permettre au touriste en perdition dans les rues d’Edimbourg de repérer avec certitude les ressortissants écossais. Ces derniers sont en effet de très grands amateurs de feux d’artifice. Chez eux, ça a carrément été érigé au rang de loisir. Dans la rubrique « Centres d’intérêt » de leur CV, je suis sûre que certains casent « tirer des feux d’artifice dans mon jardin quand je m’ennuie ». Toute occasion est bonne à prendre quand il s’agit de tirer des pétards : la Guy Fawkes Night (commémoration du jour où un givré qui n’aimait pas la Reine a essayé de faire exploser le Parlement – peut-on vraiment lui en vouloir ?) par exemple, est une sorte de carnaval pour eux. Normal donc qu’un feu d’artifice soit tiré le soir du 5 novembre, si ce n’est que les Ecossais ont une interprétation toute personnelle du terme « night ». Ainsi, du 1er au 7 novembre sans discontinuer, les bruits sourds que j’entendais à la tombée de la nuit n’étaient ni des coups de feu ni le bruit de mon voisin qui sortait les poubelles : tous les Edimbourgeois se sont refilé le mot pour tirer des feux d’artifice depuis leur jardin. Parce que oui, ici c’est légal. Mais quand y en a plus, y en a encore : après la Guy Fawkes « Week », ils remettent ça. Aujourd’hui par exemple, c’est le début du marché de Noël : une super occasion pour tirer quelques pétards non ?! (si vous répondez « non » à cette question purement réthorique, c’est que vous êtes définitivement trop français).

Ha oui, et les Ecossais jouent aussi au curling. Ne me demandez pas pourquoi.

 

Un idiome à part
Si la personne à qui vous vous adressez est brune / ne mange pas de glaces / n’a pas encore évoqué sa passion pour les feux d’artifice, un autre indice peut vous permettre de déduire qu’il s’agit d’un compatriote de Robert The Bruce (et par conséquent, d’un roux qui se teint les cheveux) : l’utilisation outrageuse dans la conversation du terme « wee ». « Can you wait a wee moment ? », « Ohh, you have such wee hands ! ». Comme vous ne le savez sûrement pas, « wee » signifie « petit », et ici c’est un grand classique. Qui ne dit pas « wee » n’est définitivement pas Ecossais.

 

Patriotes, eux ?
Les Ecossais sont aussi faciles à débusquer car ils ne font pas vraiment mystère de leur identité. A la (pourtant bénigne) question : « Where are you from ? », il est peu probable que l’on vous réponde « Britain » ou même « The Uk ». Je me permets d’ailleurs d’adresser une recommandation à ceux qui auraient dans l’idée de venir me voir (les autres, considérez-ça comme une leçon de géopolitique gratos) : n’allez jamais au grand jamais dire à un Ecossais (même dans le doute, même si vous aviez bu, même s’il a l’air inoffensif) « Oh, so you’re English ? ». Tous les tralalas sur les liens entre Celtes, l’amour de la bière, le dernier album d’Astérix en Ecosse, etc etc, ne vous tireront pas d’affaire. NON : les Ecossais ne sont PAS Anglais, car l’Angleterre n’est PAS un pays. Les Ecossais, au même titre que les Anglais, sont des Britanniques, des sujets de la couronne quoi. Vous pouvez donc demander (sans crainte cette fois) : « Are you British ? », et nul doute que l’on vous reprendra d’un « Errr … Scottish », si besoin.

 

Les Ecossais sont de grands fans de Rugby : hier j’ai pu aller voir un match dans le stade de Murrayfield. Australie / Ecosse ; oui, on s’est inclinés (pas de beaucoup) mais l’ambiance était plutôt incroyable ! L’apogée, c’est quand le stade entier se lève pour chanter « Flowers of Scotland », l’hymne écossais.

Brittaniques oui, Anglais jamais !

Brittaniques oui, Anglais jamais !

 

La bible du Highlander : le registre officiel du tartan (ouvert à la page "Automne-Hiver 1896)

La bible du Highlander : le registre officiel du tartan (ouvert à la page collection « Automne-Hiver 1896)

 

Kilts pour tout le monde ! Les Ecossais ne portent pas de kilts dans la vie de tous les jours, en revanche c'est pour beaucoup un habit du dimanche qu'ils mettent pour les grandes occasions. Ici, un mariage à Saint Giles Cathedral.

Kilts pour tout le monde ! Les Ecossais ne portent pas de kilts dans la vie de tous les jours, en revanche c’est pour beaucoup un habit du dimanche qu’ils mettent pour les grandes occasions. Ici, un mariage à Saint Giles Cathedral.

 

De sacrés sportifs ces Scots : rugby, foot, curling, golf (of course) et ... ce sport, un espèce de polo sans cheval. Bizarre.

De sacrés sportifs ces Scots : rugby, foot, curling, golf (of course) et … ce sport, une espèce de polo sans cheval. Bizarre.

 

Même les sièges des bus sont fiers d'être Ecossais !

Même les sièges des bus sont fiers d’être Ecossais !

 

"Picte" : une variante parmi d'autres pour signifier qu'on est un peu plus que British quand même.

« Picte » : une variante parmi d’autres pour signifier qu’on est un peu plus que British quand même.

 

Last but not least : l'indépendance écossaise bien sûr ! Le référendum aura lieu en septembre prochain, mais d'ores et déjà on en parle PARTOUT !

Last but not least : l’indépendance écossaise bien sûr ! Le référendum aura lieu en septembre prochain, mais d’ores et déjà on en parle PARTOUT !

 

 

 

 

 

 

 

Samhuinn : le début de la saison sombre

Un 31 octobre comme un autre à Edimbourg

Jeudi dernier, les rues d’Edimbourg avaient l’air plus hantées que jamais. Non seulement la nuit était tombée peu après dix-sept heures, mais un orage avait éclaté au même moment, donnant à Arthur’s Seat une silhouette fantômatique. Ajoutez à celà des cohortes de zombies, squelettes, types étranges arborant costard-cravate et tête de cheval géante, ainsi que des tas d’autres pékins effrayants dont les déguisements impliquent moults litres d’hémoglobine, et vous comprendrez que les personnes cardiaques avaient plutôt intérêt à se claquemurer chez elles. En résumé : c’était Halloween.

Le prêtre de la Beltane Fire Society lors du Samhuinn de jeudi dernier. Dans la vie de tous les jours, ce monsieur est sûrement quelqu’un de respectable. Mais si.

 L’idée de passer Halloween dans « la ville la plus hantée d’Ecosse » (c’est le Guide du Routard qui le dit !) avait fait naître en moi pas mal d’espoirs, il faut l’avouer. Et comme à son habitude, Edimbourg n’a pas failli. Queues sur le trottoir pour entrer dans les magasins de déguiement, ruptures de stock chez les marchands de bonbons, foultitudes de « guided tours » plus « creepy » les uns que les autres (balades dans les cimetières au clair de lune, nuit entière passée à invoquer les esprits dans des caves hantées, j’en passe et des meilleures), hôtesses de l’air et caissiers de chez Tesco en état de zombification avancé… Et il n’était que seize heures.

 Of course, des tas et des tas (pour ne pas dire tous) de bars et de boîtes organisaient des « Halloween parties ». De mon côté, je comptais finir la soirée au Frankeinstein’s, un bar qui – comme son nom l’indique – se la joue Halloween à l’année. Mais avant ça, un évènement avait attiré mon attention. En bonne étudiante de Celtic Civilisation que je suis (un cours qui, en dépit de son nom un brin pompeux, traite en vrac de Vercingétorix, de la fabrication du tartan et des druides – dire que des étudiants paient £6000 par an pour apprendre ça m’afflige un peu, mais comme on dit : « celà ne nous regarde pas »), j’essaye de capter les trucs plus ou moins celtes qui se trament dans le coin. Pour les Scottish celtisants, la cerise sur le gâteau, le pompom, le « icing on the cake », c’est le 31 octobre : Samhuinn.

Samhuinn, Panoramix & Co

« Kézako qu’ça ? » me direz-vous ? La Samhuinn est la version gaélique de la plus connue Samain : une fête celte que d’aucuns considèrent comme l’ancêtre d’Halloween. Non, les ‘ricains n’ont rien inventé. Alors qu’Halloween et la Toussaint célèbrent les morts, la Samain celte fête le passage de la saison claire à la saison sombre – le tout à grand renfort de rites païens, de druides et du tralala celtique habituel (pour de plus amples précisions sur le « tralala-celtique-habituel », reportez-vous aux aventures d’Astérix).

Edimbourg, deux millénaires plus tard, continue de célébrer la Samain – un must-see pour la Bretonne que je suis ! Vingt-et-une heure jeudi soir : déguisée en pseudo-sorcière, je bats le pavé de la Saint Giles Cathedral pour voir s’affronter l’hiver et l’été. Ce sont les danseurs, percutionnistes, cracheurs de feu et acrobates de la Beltane Fire Society qui ont la lourde tâche de perpétuer la tradition. En l’espace de deux heures, ils racontent le combat que se sont livrés l’été – symbolisé par des hommes peints en rouge jouant littéralement avec le feu – et l’hiver – leurs homologues bleus montés sur des squelettes de chevaux. Au terme d’une lutte acharnée et rythmée par les percussions, l’hiver l’emporte, bien entendu. Les tambours se taisent et les brasiers s’éteignent. Elle est plutôt impressionnante cette Halloween écossaise : païenne à souhait, presque primitive, très symbolique. Les sorcières, zombies et fantômes ont peu à peu vidé le parvis de Saint Giles, dans le froid, car cette fois-ci on pouvait le dire : la saison sombre venait de commencer.

Les petits copains du druide timbré qui finissent par triompher de l’été. J’admire toujours le courage du roux peint en bleu qui a quand même passé une bonne demi-heure à se les geler sur une estrade pendant que les rouges faisaient leur cinéma.

La saison sombre

Alors que sous des cieux plus cléments (même le Sud de l’Angleterre ou Dunkerque sont exotiques vus d’ici vous savez) le terme de saison sombre est sûrement plus métaphorique, il prend tout son sens à Edimbourg. Le noir va bien à « the Auld Reekie ». La vieille enfumée, comme l’appellent ses habitants, le porte déjà à l’année : les façades noircies des bâtiments de l’Old Town, le château perché sur son rocher dont la silhouette se fait parfois menaçante, et la mer vue depuis le douzième étage de la David Hume Tower quand le temps est à l’orage, donnent à la ville son inimitable cachet, en même temps qu’une allure sombre qui confine parfois à l’austère. Mais Edimbourg est largement supportable pendant la « saison claire ».

En revanche, « le changement d’heure m’a tuer ». A seize heures, le ciel se voile. A seize heures trente, il a l’air d’en être trois de plus. A dix-sept heures, il fait nuit. Une soupe, un verre de lait, et bonne nuit les petits ! Depuis une semaine, la saison sombre a bel et bien commencé. Les druides un peu allumés de la Beltane Fire Society avaient raison. Et pourtant, on n’est que le trois novembre. Alors que mon état d’apitoiement croît au fur et à mesure que la nuit grapille des minutes au soleil, les Scottish eux semblent s’y faire avec philosophie. « MAIS COMMENT FONT-ILS ?! » sera la problématique structurante de la partie que je m’apprête à développer. A ce jour, j’ai plusieurs hypothèses concernant la journée-type de l’Ecossais moyen. A partir de seize heures, notre Ecossais moyen – appellons-le Andrew (ils s’appellent tous Andrew ou Stuart de toute façon), investit un café et ingurgite des litres de thé et de gâteaux. A partir de dix-neuf heures, Andrew se dirige vers un pub, officiellement pour « se réchauffer » et « socialiser » (un vrai hobby ici, j’y reviendrai), en version off pour vider des pintes d’ale et manger des chips au haggis. Le dimanche, Andrew passe la journée chez lui à lire des tabloïds, se gaver de porridge et de Marmite (et peut-être bien même de porridge à la Marmite ?!), le tout en babygro XXL Mickey ou pingouin – j’ai nommé le onesie.

Des onesies en veux-tu en voilà. Ils incarnent à eux tout seuls la raison pour laquelle j’adore les British. Car oui, tous les britanniques que j’ai pu rencontrer m’ont avoué – et sans honte en plus – en avoir au moins deux dans le placard. Ces gens là sont dangereux.

Winter is coming

Les Scottish sont donc éminément pragmatiques, il faut leur reconnaître ça. Ils combattent la saison sombre en turbulette, armés de breakfast tea et de Guinness. Et à ce que je sache, le taux de dépression nerveuse de l’Ecosse n’est pas si mauvais. Plus les jours passent, et plus mes aspirations à porter des tenues respectant la dignité humaine, éviter de prendre dis kilos d’ici à février, ne pas devenir le pilier de bar du pub du coin, diminuent. Je ne sais pas à quoi je ressemblerai quand vous me récupérerez en mars prochain, mais tremblez. A Edimbourg, « winter is coming » – et il va faire des dégâts !

Coucou toi !